Bright afficheEn bon contemporain de Jean-Luc Godard, j'ai bien souvent fustigé les "professionnels de la profession" livrant des films bien faits mais sans âme ni ambition "artistique". L'arrivée de nouveaux acteurs dans le Cinéma comme Amazon et surtout Netflix, indépendants vis à vis d'un système hollywoodien sclérosé dans ses enfantillages, et surtout bénéficiant d'un nouveau mode de distribution, a pu laisser espérer un peu d'air frais dans le cinéma populaire américain, et l'apparition de "films de niches", pointus et ambitieux. Or ce qu'on constate aujourd'hui, c'est une nouvelle baisse de la qualité des films (et des séries d'ailleurs), malgré les budgets confortables et les noms respectables, souvent même prestigieux, des metteurs en scène, acteurs et techniciens attirés par cette "nouvelle économie" de l'entertainment. Comme si même le professionnalisme américain - qui faisait aussi dire à Godard qu'il serait "toujours mieux de regarder un mauvais film américain qu'un bon film ouzbek" (je cite de mémoire) - s'avérait soluble dans le "red ocean" de l'industrie du loisir. Au point de faire naître en nous une improbable nostalgie pour un savoir-faire de plus en plus illusoire.

"Bright", pour en dire quelques mots, est une nouvelle aberration complète de la maison Netflix, et, passée une première vingtaine de minutes amusantes de mise en place, engendre ennui, consternation... affliction même. A partir d'une idée tellement stupide qu'elle aurait pu faire au moins une Série Z divertissante ("Lord of the Rings" rencontre "End of Watch", disons), Ayer et ses scénaristes nous offrent une histoire informe et sans intérêt, recopiant paresseusement tous les clichés possibles, mal racontée, mal mise en scène, et ridiculisant ses acteurs qui n'ont rien d'intéressant à jouer.

Il faut malheureusement ajouter à ce bilan déjà consternant que, derrière des positions "politiquement correctes" naïves (l'orque a remplacé le black dans cet univers uchronique et pourtant si semblable au nôtre...), pointent un racisme et un antisémitisme que l'on espère involontaires, à travers une caractérisation des personnages purement basée sur leur "espèce" : la "bêtise Netflix" semble donc sans limites, dépassant ici aisément l'infantilisme Marvel...

Oui, rendez-nous les "professionnels de la profession", ceux qui savaient nous raconter des histoires, nous faire rêver, nous émerveiller...