2018 03 29 The Limiñanas Trianon (57)20h45 : The Limiñanas ne sont plus un duo, ce soir ils sont sept (7 !!) sur scène. Au premier plan, autour de Marie dont le petit kit est planté glorieusement en plein milieu, et de Lionel, un chanteur à droite, une chanteuse à gauche, puisque Marie et Lionel ne chantent pas, rappelons-le. Derrière ce quatuor, pas moins que deux guitaristes et un bassiste : ce soir, réjouissons-nous, amateurs de gros son (trois guitares électriques à la foi sur certains morceaux, ça décoiffe !), on ne fera pas dans le minimalisme !

Et tout de suite, la version puissante de Ouverture qui euh... ouvre le set, et on sent qu'on est partis pour un grand moment de transe rock'n'rollienne. La batterie de Marie est - stéréotype ultime - un cœur qui bat, violemment, et crée une pulsion vitale sur laquelle le déluge de guitare peut s'abattre. Le Trianon tout entier a commencé à vibrer, à osciller : un coup d'œil derrière moi le confirme, les balcons sont déjà largement debout. Si la structure de la musique des Limiñanas est binaire, basiquement binaire diraient ceux qui ne comprennent pas, si les morceaux sont construits sur la répétition obstinée d'un riff, d'une pulsation, si quelque chose de l'origine "garage rock" perdure indiscutablement, il y a aussi à l'œuvre une beauté terrassante. Une beauté pas aussi perceptible sur disque, mais qui éclabousse ce soir tout le public. Qui crée presque instantanément une sorte de cocon de bonheur au sein duquel on danse, danse, danse…

Peu de spectacle sur la scène : les lumières sont basses, Lionel est concentré sur sa guitare, seule la chevelure rouge de Marie - et son demi-sourire - attire les regards. Au second plan, pourtant, ça s'active furieusement, ça saute partout : les trois musiciens se donnent à fond, prenant un plaisir visible à construire cette sorte de structure sonique qui nous accueille tous généreusement. Au fond, une estrade, éclairée, elle, sur laquelle le personnage énigmatique du clip de Dimanche (costar-cravate un peu ringard) vient se déhancher. Arrive justement le fameux Dimanche et voici Bertrand Belin qui apparaît comme par magie sur scène à la satisfaction générale… même si sa voix, sous-mixée, n’impressionnera pas comme sur l’album… On se rattrape avec une superbe version de The Gift (bon, Peter Hook n’est pas là, lui, il ne fallait pas rêver !), et la tension et l’enthousiasme ne cessent de monter. La musique des Limiñanas n’explose jamais complètement, ce qui peut en frustrer certain : non, le principe est bien de se laisser aller à vibrer de bonheur dans ce tourbillon métronomique dont on voudrait qu’il ne cesse jamais. Avec quand même des pulsions rock garage, donc, qui m’évoquent occasionnellement nos chers Cramps. Et aussi des soieries pop qui enjolivent les chansons.

2018 03 29 The Limiñanas Trianon (67)Anton Newcombe est bel et bien là, lui, pour chanter Istanbul is Sleepy, et est évidemment accueilli par une ovation : ce cercle d’amis fidèles qui entourent notre couple de Cabestany témoigne que nous ne sommes pas tout-à-fait dans le fonctionnement normal du show biz. Et c’est Emmanuelle Seigner qui succède à Anton pour chanter l’entêtant Shadow People ! Nous sommes gâtés ce soir… A partir de là, on est et on reste dans l’excellence permanente. On n’a pas vu le temps passer quand le groupe se retire après guère plus d’une heure dix de set !

Heureusement, les rappels seront généreux : d’abord une rupture de ton avec la jolie comptine psychédélique de Pink Flamingos, puis un retour au Rock pur et dur avec une version habitée (et chantée par Emmanuelle) du Russian Roulette des regrettés Lords of the New Church : bon, admettons que la nostalgie a joué à plein pour moi, et n’en parlons plus ! Le premier rappel se termine sur une version littéralement dantesque de Gloria, et la vieille scie des Them resplendit ce soir comme si elle avait été composée la semaine dernière tout près des Pyrénées. Bien sûr, on braille tous « G-L-O-R-I-A, Gloria », mais ce qui est important, c’est que, alors que sur la scène les musiciens tentent de franchir le mur du son, on sent, oui on sent que… NOTRE PUTAIN DE VIE VIENT D’ETRE SAUVEE, ONCE AGAIN, PAR LE ROCK’N’ROLL !!! Et c’est un putain de soulagement de sentir ça de nouveau.

Le second rappel est aussi intense, mais beaucoup trop court, et nous laissera en train de réclamer, encore et encore, un retour du groupe qui ne reviendra pas…

On sort du Trianon ce soir complètement revivifiés par cette longue décharge de percussions et d’électricité. Imaginez ça, un groupe français, oui, français, capable de nous offrir ce genre d’extase ! Oui, quelque fois, la vie est un miracle… !