Hostiles afficheGrande claque émotionnelle de ce premier trimestre 2018, "Hostiles" est avant tout un retour inattendu aux thématiques du grand western classique, puisqu'il est impossible de ne pas penser régulièrement à Ford, Walsh ou Mann devant ce récit patient d'un convoyage de prisonniers indiens à travers l'Ouest américain, doublé d'un trajet moral chez les deux protagonistes principaux, une veuve brisée par le massacre de sa famille et un "vieux"soldat consumé par la haine et la honte de toutes les horreurs vues et commises. Mais bien sûr, comme nous sommes en 2018, Cooper - qu'on n'avait jamais encore connu aussi inspiré - ne fait pas l'impasse sur les leçons de cinéma prises chez Eastwood : il sait injecter dans son film, qui courait forcément le risque de verser dans la démonstration politiquement correcte, une belle sécheresse narrative et une saine touche d'ambigüité dans ses personnages.

Au delà de ses qualités formelles évidentes, et en particulier de la beauté classique de ses paysages américains qui nous apparaissent à nouveau incroyablement vierges, "Hostiles" s'enrichit inévitablement d'une réflexion post-moderne sur la violence inouïe qui a servi de "ciment universel" dans la construction des États Unis, et qui constitue la malédiction profonde de la société qui en est issue. La dernière confrontation, avec un propriétaire défendant son droit à la propriété supérant le pouvoir politique, témoigne d'une vision lucide - et engagée - des fondements inhumains du pays. A partir de là, la civilisation peut advenir (le chemin de fer), le mal fait ne pourra jamais être défait.

PS : "Hostiles" souffre malgré ses immenses qualités d'un défaut de rythme, abusant de l'alternance systématique entre lenteur contemplative bienvenue et explosions de violence extrême, qui l'empêche d'atteindre au statut de chef d'oeuvre absolu.

PPS : Et revoilà pour la troisième fois en deux semaines Timothée Chalamet ! Ça s'appelle un acteur désormais incontournable.