Phantom Thread afficheNe pas être un grand fan du cinéma - à mon sens lourd, pompier, arrogant - de P.T. Anderson jusqu'à ce jour, contribue certainement à la profonde jouissance qu'a provoqué en moi ce "Phantom Thread" surprenant de réserve, de minutie et d'élégance, en particulier lors de sa première heure, lorsque sont introduits les personnages avec une justesse de ton et une émotivité à fleur de peau stupéfiantes dans un cadre aussi formaliste, formel et convenu que celui de la haute couture, qui plus est dans la société anglaise des années 50 : la rencontre et le coup de foudre entre Reynolds et Alma, et la manière dont leur soirée évolue jusqu'à la stupéfiante apparition de Cyril et le rituel de la prise de mesures confine ainsi au sublime. Le film se serait arrêté là qu'il aurait pu entrer sans honte dans le Top 10 de notre vie de cinéphile. Mais il faut bien qu'il continue, que le drame se joue, que les scènes s'enchaînent, et qu'un peu de déception contamine notre bonheur : entre "Rebecca" et "la Maison de Bernarda Alba", nous reviennent des fragments d'histoires du même genre, forcément déjà magnifiquement traitées par des maîtres, au niveau desquels Anderson ne figure pas encore, même s'il est ici aidé par l'habituelle "dédication" totale à son rôle du génial Daniel, et par la fraîcheur ambigüe de Vicky Krieps. Sans doute faut-il aussi passer outre l'atroce laideur des vêtements créés par le soi-disant génie qu'est Woodcock, qui enlève forcément beaucoup de crédibilité à la partie "artistique" du film. Heureusement, P. T. Anderson retrouve - et de quelle façon magnifique ! - sa voie dans la dernière partie de "Phantom Thread" et dévoile son vrai sujet : la Possession, fut-ce au prix de la mise en danger de la vie de l'être aimé. Entre haine sourde et amour lumineux, le film ne choisit jamais, et nous révèle même combien ces deux sentiments sont indissociables, complémentaires, se nourrissant perpétuellement l'un de l'autre. Et là, "Phantom Thread" devient une œuvre essentielle.