Antichrist afficheJ'ai très longtemps reculé devant l'idée de regarder "Antichrist", malgré le grand intérêt que je porte au travail déviant de Lars Von Trier, n'ayant pas particulièrement envie de souffrir devant les fameuses scènes déplaisantes amplement commentées à la sortie du film. Ayant finalement rassemblé assez de courage, j'ai donc affronté - les yeux parfois fermés - le délire sadique et gore du Danois fou et tenté de sauver de cet assemblage de moments sublimes et de bêtise crasse ce qui pouvait l'être. Car "Antichrist" confirme une fois de plus le talent extraordinaire de réalisateur de Von Trier, alignant nombre de scènes sublimes portées par des intuitions parfois fulgurantes : cette manière qu'a Von Trier de filmer la nature et la menace sourde qui s'en dégage me semble justifier à elle seule la vision du film. Malheureusement, le sadisme inexcusable du prologue, insupportable pour quiconque a des enfants, et la cruauté gratuite des mutilations sexuelles de la fin de "Antichrist" rendent le film extrêmement déplaisant, et ce d'autant que son "sujet" est pour une fois d'une grande maladresse, voire d'une indéniable malhonnêteté intellectuelle. Du procès de la psychanalyse (aberrante telle que pratiquée par le personnage de Dafoe) à la dénonciation du "gynocide" moyen-âgeux (que Von Trier retourne non sans perversité comme un gant), les raccourcis sont ineptes, voire grotesques. Il me semble par contre que la dénonciation habituelle "d'hyper-misogynie" portée contre le film résulte d'une lecture trop superficielle d'un film qui est avant tout l'illustration "tripale" de la souffrance indicible d'un artiste en pleine confusion : si l'on se laisse un tant soit peu porter par les visions torturée de Von Trier, on peut même voir "Antichrist" comme l'auto-portrait le plus honnête et le plus déchirant du Danois. Ce qui n'en fait pas un très bon film pour autant.