Billy Lynn Affiche"Un jour dans la vie de Billy Lynn" nous est arrivé avec une réputation de film maudit, dû à son manque de succès alors que son réalisateur, l'irrégulier mais pas inintéressant Ang Lee, et ses producteurs avaient visiblement misé sur l'aspect polémique de son sujet (les guerres menées par les US au Moyen-Orient, et le sacrifice de la jeunesse qui en résulte, dans une vague indifférence générale) et par l'utilisation d'une nouvelle technologie de filmage (120 images par seconde + la 3D) qu'on nous promet assurer l'ultra-réalisme de l'image obtenue. Or, il se trouve que, si l'on excepte les louanges que mérite la quasi intégralité du casting (hormis notre ami Vin Diesel aussi mauvais que d'habitude) et en particulier l'excellent Joe Alwyn dans le rôle-titre, "Billy Lynn" est une vraie déception sur tous les autres points.

D'abord parce qu'en reprenant le thème déjà bien traité par Eastwood dans son "Flags of our Fathers", c'est-à-dire l'utilisation à des fins de propagande des jeunes "héros" (en fait de la chair à canon, ni plus ni moins) s'illustrant dans des guerres lointaines, Ang Lee se condamnait à faire mieux, ce qui n'est pas le cas : loin d'être virulent, son scénario, certes non dénué de points intéressants (en particulier le joli personnage de la cheerleader chrétienne et convaincue de la grandeur des US), arrondit quand même les angles, et se limite finalement à une critique facile de la "société du spectacle" qui préférera toujours un show de Beyoncé à un récit documentaire sur une guerre qui n'intéresse pas grand-monde, et à un défilé consensuel de "beaufs" haïssables qui débitent les poncifs habituels sur l'héroïsme américain. Rien de révolutionnaire donc, on caresse ici dans le sens du poil un public démocrate forcément déjà convaincu.

Mais finalement, le pire vient justement de l'erreur tragique que se révèle être cette fameuse image "4k" : sans doute parce que des décennies de télévision et de cinéma nous ont conditionné à associer "réalité" avec image floue, mauvaise, tremblée, etc. le soit disant nec plus ultra du filmage moderne a un effet de déréalisation radical de tout ce que l'on voit, et mine notre adhésion à l'histoire racontée et notre identification aux personnages. "Billy Lynn" se regarde du coup plutôt comme un spectacle aussi artificiel qu'une partie de football américain ou qu'un concert de Destiny's Child.

Un demi-ratage regrettable, quand on pense au potentiel de ce sujet important entre les mains d'une équipe de scénaristes et de réalisateur(s) plus avisée (plus intelligente ?).