Gogol-Bordello-Seekers-and-FindersNous sommes en 2017, et nous semblons tous avoir baissé les bras devant l'état du monde, conscients de notre incapacité à la changer. Je me souviens de la foi avec laquelle Eugene Hütz chantait il n'y a guère plus de 5 ans les injustices en tous genres, et appelait à une révolte - festive, mais une révolte quand même - des damnés de la terre. Est-ce le fait d'avoir manqué son rendez-vous avec le succès qui lui avait souri quelques mois ? Ou bien la maturité, sale vice qui nous tombe dessus avec l'âge, qui l'empêche désormais de rêver d'un monde meilleur ? Ou bien le pragmatisme le plus trivial, lui qui a remplacé la totalité de la troupe de Gogol Bordello dans les dernières années ? Toujours est-il que le souffle de la Révolution ne passe plus sur "Seekers and Finders", qui ne chante guère que la renaissance individuelle, voire même la survie au milieu d'une société hostile. Est-ce triste ? Oui, sans aucun doute, puisque même les idéalistes les plus enthousiastes ne rêvent plus en 2017. Est-ce un mal, musicalement ? Non, parce que Gogol Bordello doit désormais agrandir son registre, varier les plaisirs : quand il ne suffit plus de brailler en chœur - et avec son public - des hymnes guerriers, il faut bien aller chercher d'autres modes d'expression. "Seekers and Finders" est, du point de vue de ses compositions, l'album le plus accompli de Gogol Bordello, et la qualité des mélodies est stupéfiante, surtout pour un groupe dont l'énergie inextinguible a été longtemps la principale raison d'exister. C'est seulement un déficit de production (Eugene ayant ici été seul aux commandes du navire) qui empêche "Seekers and Finders" d'atteindre une vraie grandeur, mais cette légère faiblesse est peu de chose par rapport au plaisir que cet album d'une richesse et d'une variété surprenantes dispensera à tous ceux qui, comme moi, sont restés fidèles à Gogol Bordello.