2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie (2)21h10 : ce qui est surprenant, c’est que le matériel de Jessica93 est beaucoup plus réduit, plus rudimentaire aussi, que celui de Bleakness, le groupe de première partie (derrière le guitariste et le bassiste trônaient d’imposants Marshall !), et que le look de Geoffroy Laporte est plus que négligé : avec sa barbe fournie, ses cheveux emmêlés et ses vêtements qui sont au-delà de froissés, on aurait presque envie de lui donner une pièce si on le croisait dans un couloir de métro. Quand je pense que ce type est aujourd’hui l’un des plus brillants espoirs du Rock en France ! Et quand, mieux encore, je me rends compte au bout de quelques minutes que le son que produit le quatuor sur cène avec ce matériel miteux est l’un des plus beaux et les plus puissants que j’aie entendus cette année, je me dis que j’ai décidément bien fait d’être là ce soir, dans une Maroquinerie bondée de fans enthousiastes !

Bon, l'ami Robert m’avait prévenu quelques minutes avant le démarrage de la soirée : « Jessica93, c’est bruitiste ! », et je réalise très vite que la musique de Jessica93 prend sur scène une dimension bien plus impressionnante que sur disque. Je me prépare donc à un bel assaut sonique, d’autant qu’au premier rang, devant l’ampli du second guitariste, qui effectue un joli travail sur sa six cordes, je suis idéalement placé pour une attaque sonique, quand… après deux titres, Jessica93 quitte la scène. Le batteur remercie rapidement au micro : « Meilleur concert, meilleur public, bla bla… ». Les lumières se rallument, un début de musique d’ambiance sur la sono, tout le monde paraît un peu interloqué, quelle drôle de plaisanterie ! Puis Geoffroy et ses hommes reviennent, et reprennent leur set comme si de rien n’était. Geoffroy annonce une reprise, et c’est reparti !

Maintenant les lumières sont plus basses, le son monte et quelque chose se produit, que je n’osais pas espérer : cette musique devient littéralement majestueuse, d’une folle puissance. De la noisy pop comme chez My Bloody Valentine ou Slowdive, mais sans l’aspect pop, justement, et avec une sorte d’amplitude et d’intensité impressionnantes. Le public oscille, plane, entre visiblement en transe. C’est très beau, et on aimerait que ça dure toute la nuit. Cette musique est vraiment majestueuse, et la qualité sonore me paraît en plus absolument inédite pour la Maroquinerie, surtout à un volume aussi élevé (bonjour à mes amis les acouphènes en sortant…). Même la voix de Geoffroy, qui n’est pas, reconnaissons-le, le meilleur chanteur de la planète, participe à cette cathédrale sonore. Jessica93 ne serait-il pas en fait un GRAND groupe ?

2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie (24)Avec Guilty Species, le set entre alors dans sa seconde phase : plus rock, plus violente, plus directe. Jessica93 va alors aligner la quasi-totalité de son dernier album, mais dans des versions soufflantes d’intensité. Le public bascule alors de la contemplation hypnotisée à l’hystérie générale ! Le mosh pit se forme, ça bouscule de partout, je ne suis pas mécontent d’être à peu près protégé dans mon coin, même s’il me semble que tout cela reste bon enfant. Au milieu de la foule déchaînée, quelqu’un n’arrête pas de réclamer un morceau (je n’entends pas ce qu’il dit, d’où je suis). Geoffroy s’interrompt pour expliquer au fan : « Si tu veux entendre un morceau de The Cure, tu devrais aller à un concert de The Cure ! ». Humour…

Uncertain to Me est pour moi le sommet de la soirée, mais sans doute parce que j’apprécie particulièrement cette chanson. Le set se termine dans l’allégresse générale et le chaos dans la salle. Un court break, et Geoffroy revient en nous annonçant encore deux morceaux, qui termineront la visite guidée de "Guilty Species". R.I.P. in Peace sert de parfaite conclusion, et Geoffroy, trempé de sueur de la tête aux pieds, se jette dans la foule avec sa guitare.

Waow ! Je ne vais pas vous refaire le plan : « Ce soir, j’ai vu le futur du rock’n’roll (français) ». Mais quand même, ce concert a été particulièrement impressionnant, et superbe à la fois, une grande claque sonore et un magnifique moment de Musique. Je vais prendre la setlist en photo, qu’un fan a récupéré, et c’est là que la révélation advient : « Attention, c’était la même setlist que vendredi dernier, mais ils l’on jouée à l’envers cette fois ! », m’explique-t-on. Je comprends alors la raison de ce départ de scène au bout de deux chansons, la plaisanterie a été de jouer un concert à rebours, en commençant par le rappel ! Et même l’organisation des titres reflétait ce pari (une private joke puisque le public n’était pas dans la confidence…), les morceaux anciens étant joués ce soir d’entrée de jeu, alors qu’il est en effet de coutume de les réserver pour la fin… Bref, en plus d’excellents musiciens, Jessica93 est une belle bande de plaisantins !