The_VisitorA 72 ans passés, la rouille n’a toujours pas atteint Neil Young, qui se maintient actif à un rythme inconcevable, même pour des artistes qui n’ont pas la moitié de son âge. On a vu lors de la dernière tournée du Loner avec Promise of the Real combien la vigueur de ces jeunes musiciens avait relancé en live l’énergie du vieux tigre, mais il faut ajouter ici sa rage contre la stupidité et les discours haineux de Trump pour comprendre l’urgence qui se dégage de ce trente-neuvième album studio.

Alors, bien sûr, "The Visitor" souffre comme ses prédécesseurs de l’aspect trop sporadique des bouffées d’inspiration, de cette impression de foutoir complet (que certains adorent mais que bien d’autres redoutent), et aussi, avouons-le de ces brefs regards en arrière avec le recyclage éhonté de riffs de vieilles chansons. Mais comment ne pas se réjouir la pertinence des réponses de Young à Trump dans des chansons aussi acérées (du point de vue textes, bien entendu) que "Already Great" ou "When Bad Got Good" ? Comment ne pas féliciter un musicien aussi accompli (évitons le terme de « vieux sage », qui ne lui va pas du tout) que Neil Young lorsqu’il se frotte ici à des questions plus ambitieuses sur l’état du monde et de la planète ? Comment surtout ne pas se délecter des nombreux dérapages électriques – mieux circonscrits sans doute par un Promise of the Real plus à même de challenger Neil qu’un Crazy Horse à sa botte – qui viennent régulièrement relancer les chansons quand elles vacillent ? Reconnaissons aussi qu’aimer une fantaisie « à la mexicaine » comme "Carnival" relève de ce que les anglo-saxons appellent un « adquired taste » et que nombreux seront les fans de Neil Young qui sauteront allègrement ce titre pourtant hilarant !

Bref, ça passe ou ça casse, et à notre avis, sur "The Visitor", mélange décontracté mais profondément enthousiaste et concerné de styles et d’idées, ça passe la plupart du temps… Et ce d’autant que les bizarreries les plus fatigantes (comme les tentatives bluesy très roots) sont réduites à la portion congrue, pour laisser d’épanouir le Neil Young éternel qu’on aimera toujours, comme dans l’ample, tendu et méthodique final de "Forever".