Le Chat du Rabbin 7"Le Chat du Rabbin" fut à sa sortie vite considéré comme l'une des plus belles réussites de la BD contemporaine et contribua largement à placer Sfar dans le peloton de tête des artistes qui comptent : son mélange audacieux et jouissif de théologie triviale, de philosophie humaniste et de sensualité farceuse fonctionnait parfaitement, au premier comme au second degré. Et a continué à fonctionner au fil d'albums certes un peu irréguliers. Et voilà que dans ce septième volume, la mécanique se grippe et que Sfar s'égare. "La Tour de Babel" ne nous fait plus rire, et ses réflexions pesantes sur le chaos des religions, sur la bêtise humaine et sur le rôle et la nécessité des mythes paraissent à la fois forcées et superficielles. Sfar a été, on le sait, marqué par les terribles attentats de 2015, et il fut - c'est son honneur - l'un des artistes qui s'exprima de la manière la plus pertinente (et sage) sur l'Islam et sur la haine dans notre société. Avec son allégorie sur la synagogue et la mosquée inondées dans un Alger où juifs et musulmans savent encore vivre ensemble, Sfar poursuit sa réflexion sur la tolérance religieuse et la relativité de la foi, même si c'est en se réfugiant dans un passé qu'on peut le soupçonner d'idéaliser quelque peu : le problème est que la parabole manque pour la première fois de subtilité, et que le lecteur aura parfois l'impression d'une démonstration forcée (l'enlèvement du bébé, par exemple, malgré la tentative de faire du second degré...). Pour la première fois de la saga, le Chat du Rabbin lui-même nous irrite légèrement - comme il irrite les autres personnages de "la Tour de Bab-el-Oued" -, avec son obstination à chercher un sens dans la religion, mais ce n'est pas sûr que cela soit volontaire de la part de Sfar ! Le livre, trop long, cherchant sans grande cohérence et dans de multiples directions des réponses à des questions importantes (trop ?), se conclut d'une manière abracadabrante qui ne nous rassure pas sur la suite. Bref, on le referme avec un sentiment mitigé : si l'on admire la pugnacité (et l'ambition) de Sfar, on lui souhaite de retrouver une inspiration plus "mesurée" pour pouvoir poursuivre la saga d'un personnage que nous avons tant aimé et qui s'est cette fois un peu égaré.