Travaux_sur_la_N89Nous savons le Bergheaud des bois coutumier des chemins de traverse - entre collaboration avec Isabelle Huppert ("Madame Deshoulières") et balade dans la musique médiévale ("Tristan") - et à chaque fois, ces errances buissonnières, pour être rafraîchissantes, ont eu plutôt l'allure d'une parenthèse manquant d'enchantement au sein d'une discographie par ailleurs roborative. Et il nous faut bien admettre que ce "Travaux sur la N89" (titre magistral bien digne de l'humour de l'ours auvergnat...) ne fera pas exception à cette règle... et ce malgré le soutien à contre temps des médias, qui avaient pourtant brillé par leur absence lors de la sortie du magnifique "Morituri" (rappelons que Murat n'avait pas pu tourner pour soutenir cet album exquis, faute d'intérêt général...).

Le pas de côté a cette fois le goût d'une incartade électro-jazzy un tantinet opportuniste (cherche-t-il à plaire aux jeunes branchés ? On n'ose pas le croire, même si les Inrocks sont extatiques !) d'où le format "chanson" est banni au profit d'une douce divagation à deux voix qui se construit en faisant fi de toutes les règles usuelles, mais, et c'est bien là le problème, de toute ambition mélodique. Ce qui fait que, malheureusement, passé une première écoute intrigante et intriguée, "Travaux sur la N89" a tout d'un pensum laborieux - en dépit de sa légèreté, un comble -, voire même régulièrement irritant : le maniérisme bien connu de la poésie et de la voix de Jean-Louis le faisant pour une fois chuter du mauvais côté de la ligne de crête qu'il parcourt habituellement d'un pas sûr de funambule expérimenté.

Bref, nul n'en voudra bien entendu à Murat pour ce genre d'audace, à la fois stimulante et provocatrice, mais nous regretterons forcément qu'un artiste aussi précieux ait perdu une année pour un résultat finalement aussi peu aimable. Nous serons donc tous au rendez-vous de son prochain (vrai) album en 2018.