2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (3)20h30… et Adam Granduciel lance son set. Il est accompagné de pas moins de cinq musiciens, dont un batteur courageux puisque condamné à frapper comme un damné pour reproduire les beats métronomiques de l'album, et un bassiste au swing irrésistible, qui, placé pas trop loin de moi, assurera toute la soirée une rythmique spectaculaire et superbe ! Sur certains morceaux, nous aurons donc droit à trois claviers, sur d'autres à deux guitares, et régulièrement à des cuivres. Mais la grande caractéristique de The War On Drugs en 2017, c'est cette masse sonore compacte, au sein de laquelle on distingue assez peu le rôle de chaque instrument, et qui est reproduite magistralement sur scène. Mes appréhensions se sont donc vite envolées, et ce d'autant que le niveau sonore est élevé - en tout cas au premier rang - malgré les nouvelles normes qui me semblent être entrées en vigueur. D'ailleurs, derrière moi, je repère quelques spectateurs fragiles se bouchant les oreilles !

Bon, et Granduciel, alors ? Eh bien, avec son look de bûcheron canadien - cheveux longs en broussaille et chemise à carreaux rouge -, il évoque un Neil Young jeune, surtout lorsqu’il se tient voûté sur sa guitare pour en tirer ces sons déchirants et volcaniques qui le caractérisent. Il est en tout cas plutôt speed, l’ami Adam, loin de l'attitude laid back de Kurt Vile... La voix est impeccable, même si Adam est clairement concentré sur sa guitare, qui est le centre du spectacle ce soir : Adam changera d'instrument à chaque morceau, sauf dans la dernière ligne droite du set, et il est entouré de racks fort imposants de pédales d'effets.

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (40)La setlist sera composée ce soir en quasi-totalité de chansons des deux derniers albums, ce qui me va bien puisque je ne connais que ceux-là. “Lost in the Dream” sera interprété dans l’esprit du nouvel album, avec un son moins clair, plus surchargé, ce qui alourdit mais aussi complexifie les chansons. On démarre avec un enchaînement de six chansons du dernier album, dont le mini-tube Pain, qui illustre le fait qu’il y a régulièrement des mélodies superbes derrière la déferlante rock de The War on Drugs. Mais c’est l’accélération de An Ocean in Between the Waves qui change tout, qui matérialise ces montées en intensité caractéristiques du groupe : des cris de satisfaction, d’encouragement commencent à s’élever du public, et autour de moi tout le monde “headbangue” les yeux dans le vague… C’est LE trip ultime au cœur des grands espaces intimes de The War on Drugs, et puis le Bataclan bascule dans l’extase quand la guitare de Granduciel s’embrase. Putain ! Quelle puissance ! Quelle émotion ! Tout le monde hurle, et ça continue, ça monte, ça monte, et ça ne s’arrête pas ! Durant une petite dizaine de minutes, The War on Drugs est tout simplement ce qui se fait de mieux dans le domaine du Rock pur et dur en 2017. C’est aussi pour moi le meilleur moment à date de cette saison 2017-2018, et je me dis que, ça y est, c’est bon, je tiens le concert de l’année…

… Ce ne sera malheureusement pas tout-à-fait le cas, car le set va aligner les chansons superbes – comme par exemple Strangest Things, ma préférée, ou comme l’acoustique Buenos Aires Beach, seule rescapée du The War on Drugs des débuts – sans retrouver de telles hauteurs. Finalement, on a l’impression d’assister à un concert en permanence “au taquet”, mais qui reste à un niveau d’intensité constant sans réussir à exploser.

Il faudra attendre Under the Pressure (il me semble…) pour vivre une nouvelle explosion sonique, dans un crescendo éprouvant et envoûtant. Le Bataclan est en transe, le bonheur se lit sur tous les visages dans les premiers rangs. Je suis heureux de retrouver ces sensations dans cette salle qui m’en a déjà offertes tellement : comme si la malédiction du 13 novembre 2015 avait fini par être levée, exorcisée par la bonne musique et la joie d’être ensemble à vibrer dessus… Cette explosion, on l’imagine finale, parce qu’on a déjà bien dépassé l’heure et demi rituelle : et puis non, Granduciel enchaîne encore plusieurs morceaux, pour finalement arrêter net quand on arrive pile aux 120 minutes.

Pas de rappel, mais cela ne me gêne pas beaucoup que le groupe ne sacrifie pas à ce rituel devenu avec les années un peu absurde… Nous avons de toute manière été gâtés ce soir, peut-être même un peu au-delà de nos attentes.