le Rayon Vert afficheA sa sortie, en 1986, "le Rayon Vert" avait fait forte impression, en raflant le Lion d'Or à Venise et en recueillant un succès public plus que raisonnable. Bien que faisant partie de la série des "Contes et Proverbes", Rohmer s'y essayait à un cinéma différent, moins "maniéré", ou tout au moins moins basé sur la verbalisation des tourments de ses personnages. Largement improvisé (les dialogues devant autant à l'actrice principale, la lumineuse Marie Rivière, qu'à Rohmer lui-même), tourné de manière légère comme une sorte de film de vacances, "le Rayon Vert" frappe extraordinairement juste, et apparaît trente ans plus tard comme l'une des plus extraordinaires réussites de l'œuvre de Rohmer : d'un côté, il nous montre la France des années 80 avec une justesse confondante, et d'un autre, si l'on accepte d'accompagner dans son périple vers la grâce son personnage dépressif un tantinet irritant, il propose une expérience émotionnelle absolument sidérante, jusqu'à ces dernières minutes inoubliables d'intensité qui sont certainement le sommet de tout le cinéma rohmérien (bien loin de la réputation injuste de cérébralité de Rohmer). L'alternance improbable de scènes quasi "documentaires" sur les vacances des Français et de moments de forte empathie, voire de tendresse que l'on ressent pour Delphine, jeune femme désemparée (un peu inadaptée), et pourtant parfaitement déterminée à ne pas suivre le chemin de la facilité dans sa recherche de l'amour, fait du "Rayon Vert" une œuvre formidablement singulière, et probablement l'un des plus grands films français du siècle.