Anthology_Movie_Themes_1974_1998

Quiconque a tremblé devant les visions d’horreur des chefs d’œuvre fantastiques de John Carpenter, quiconque a vibré devant certaines scènes paroxystiques de ses films les plus belliqueux vénère forcément les thèmes musicaux extraordinairement efficaces qu’il composa (et joua, non sans un degré d’amateurisme rafraîchissant) pour soutenir, voir décupler l’effet de sa mise en scène. Depuis quelques années, Big John, qui ne peut, semble-t-il, plus faire de films, a même accédé à une véritable reconnaissance en tant que musicien, reconnaissance qui semble le surprendre, lui qui s’est toujours considéré comme un bricoleur en la matière.

Ce nouvel album, intitulé "Anthology : Movie Themes 1974-1998", s’il n’offre que des thèmes bien connus de tous ceux qui ont vu les films de Carpenter, présente toutefois l’immense avantage de pouvoir être écouté comme un véritable album, à la fois cohérent et remarquablement bien construit. Certes, la simplicité de l’approche musicale reste intacte dans cette nouvelle interprétation (les « scores » ont été réenregistrés avec l’aide du fils et du filleul de Carpenter) : pour simplifier, il y a d’un côté les fameuses et terrifiantes notes de clavier immortalisées par Halloween (quand même inspirées, il faut l’admettre, de l’intuition géniale de Mike Oldfield pour "l’Exorciste"), et de l’autre les guitares presque « hard » accompagnant les flambées sporadiques de violence.

 "Anthology" nous offre par exemple ce qui reste peut-être la plus belle réussite de Carpenter, ce fameux thème atmosphérique, évocation magnifique d’une menace invisible, qui porte son "Assaut" au pinacle du cinéma fantastique. Plus surprenant peut-être, il y a aussi ici une réappropriation totale (sacrilège ?) du score de Morricone pour "The Thing", qui sonne désormais comme du 100% Carpenter, et une interprétation très sensible de la composition de Jack Nitzsche pour "Starman". On pourra par contre regretter l’absence du thème excitant de "Ghost of Mars", l’un des meilleurs films du « Maître de l’Horreur », qui n’a toutefois pas encore été réhabilité par la critique officielle : gageons que ce n’est qu’une question de temps !

Mais le plus important finalement, c’est bien que cet "Anthology" s’écoute parfaitement en faisant le vide dans sa tête des images inscrites par ces films au fil de leurs re-visionnages, et qu’il constitue tout simplement un plaisir musical complet et autonome. Un plaisir terriblement addictif. Un plaisir obsessionnel.