2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (8)20h20 : un scorpion noir sur fond rose est projeté sur l’écran au fond de la scène, c’est la pochette de “Savage Times”, le dernier album de HEK, comme on appelle Hanni El Khatib, peut-être parce que c’est plus simple, ou bien parce que ça fait plus américain : finalement il n’y a pas trop de patronymes arabes, voire pas du tout, dans le Rock ! Mi-palestinien, mi-philippin, lourdement tatoué, Hanni a fière allure, un mélange peu courant de charme, de sensualité et de décontraction furieusement rock’n’roll. Il est accompagné d’un trio disparate, entre guitariste au look de nerd, bassiste bien garage et batteur jeunot bien propre sur lui. La Cigale est maintenant bourrée jusqu’à la gueule, et l’ambiance est chaud bouillante. On est parti pour un bon concert de Rock qui sent sous les aisselles : HEK attaque fort avec Baby’s OK, le son claque, le groupe est efficace, la voix est parfaite, c’est tout bon.

Ce qui est magique avec HEK, c’est que même les morceaux qu’on ne connaît pas accrochent immédiatement, et qu’avant qu’ils soient même finis, on sait chanter le refrain et on s’amuse : est-ce que c’est un gage de la trop grande simplicité de cette musique, qui oscille en permanence en rock des origines (on sait que les Zombies et les Beatles furent une grande inspiration de Hanni à ses débuts), déflagrations garage-punk et soul-disco populaire ? Ou au contraire, est-ce le plus beau témoignage de son universalité ?

Mais le plaisir de chanter les irrésistibles Moonlight ou Melt Me sera un peu gâché par l’irruption sur scène d’un spectateur du premier rang, qui vient se plaindre des agissements de quelques individus éméchés et violents dans la fosse… C’est assez inattendu, et on voit que Hanni ne sait pas trop quoi dire : on est quand même dans un concert garage / punk, il me paraît difficile de reprocher à des membres du public de trop bouger, non ? Cependant un peu plus tard, il semble que la situation dégénère, le groupe s’interrompant en plein milieu du très BlackKeysien Dead Wrong du fait des altercations au premier rang. Bon, j’ai sans doute bien fait de m’installer comme je le fais désormais toujours à la Cigale, sur ma coursive latérale… Bref, le service d’ordre intervient, vire – assez gentiment – les fauteurs de trouble, et le set peut recommencer.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (90)Bon, c’est bien joli tout ça, mais je trouve le set un tantinet trop gentil, trop tiède, avec un Hanni un peu dilettante, en deçà de ce qu’on pouvait attendre… HEK lit-il dans mes pensées ? En tout cas il nous offre alors un Come Down d’anthologie : « If the God’s gonna come down / You better come now / Because if he ain’t going to come / I’m going to do what I want ! » J’ai les poils et les cheveux qui se dressent, l’émotion me submerge, putain ça c’est en enfin du rock’n’roll, ça tord les tripes ! Et il enchaîne aussitôt avec : « When you dead in your grave / No more women will you crave / I'll be glad when you dead, you rascal, you! »… Un truc qui me dit quelque chose… Mais oui, c’est cette Vieille Canaille chantée par Gainsbourg !

A partir de là, HEK et ses hommes passent la surmultipliée et le concert bascule complètement du côté obscur – et jouissif – de la force. Hanni et Hayden descendent à tour de rôle et plusieurs fois dans le public, il y a un mosh pit généreux qui se forme au milieu de la Cigale, et la température est au moins montée de 1000 degrés centigrades. Les dernières vingt minutes seront mémorables, un peu comme un concert des Fleshtones ou des Black Lips avec de (bien) meilleures chansons. Partout dans la salle, et même au balcon, les gens sont debout, dansent et chantent, alors que les vagues de pogo déciment la fosse. Hanni semble enfin s’être lâché, il rayonne littéralement et fait honneur à son excellente réputation sur scène. Un doux chaos règne sur la Cigale, et je n’ai absolument pas envie que cet état de béatitude musicale prenne fin…

… mais, alors qu’il nous avait promis, le fourbe, de continuer à rocker jusqu’à ce qu’on le vire de scène, le voilà qui plie les gaules après moins d’une heure de set ! Alors, là, je ne suis pas d’accord ! Mais pas du tout ! Bon, ils reviendront pour deux rappels tout aussi irrésistibles, avec en particulier l’ultra-dansant Two Brothers, qui nous laissera forcément d’excellente humeur, malgré la brièveté de ce concert.

En sortant de la Cigale, je me fais le serment de ne jamais manquer, dans la mesure du possible, un passage de HEK en ville. C’est tout simplement trop bon pour s’en passer !