conte-d-automne afficheJe me souviens avoir salué à l'époque de sa sortie le seul "Conte des Quatre Saisons" à renouer avec la veine des meilleurs Rohmer, celle du marivaudage amoureux et des mensonges maladroitement manipulateurs? Le revoir près de 20 ans est un petit choc, tant se succèdent les moments de grâce absolue, tant le plaisir du spectateur est immense devant l'Art exquis du grand réalisateur quand il s'agit de traquer la vérité dans la parole dissimulatrice, de lire derrière la façade des yeux de ses personnages. Si nous ajoutons ici une ample et sensuelle peinture de la nature (sublime vallée du Rhône, gâchée par Tricastin) qui porte le film vers une beauté formelle finalement inhabituelle chez Rohmer, le charme de ce "Conte d'Automne" est absolument irrésistible. Maintenant, il convient de pointer les singularités du film, puisque pour la première fois, Rohmer abandonne ses jeunes gens pour peindre une sorte de "crise de la cinquantaine" (à travers le retour touchant de deux de ses actrices emblématiques, Béatrice Romand et Marie Rivière, toutes deux parfaites), ce qui teinte le film d'une gravité, voire d'une légère angoisse qui lestent une fin assez douloureusement suspendue. On pourra aussi remarquer que, fidèle aux principes de la cinéphilie originelle de la "Nouvelle Vague", Rohmer ne tranche pas ici entre Hitchcock et Hawks, se plaçant tour et tour dans la lignée de l'un et de l'autre : la double intrigue retorse génère un joli suspens, tandis qu'on admirera une femme forte qui parle avant tout de son travail, qui est sa raison d'être… Et si "Conte d'Automne" était aussi une leçon de cinéma ?