4aventuresdereinetteetmirabelle affiche"4 Aventures de Reinette et Mirabelle" est l'un de ces films d'Eric Rohmer tournés en dehors de l'un de ses fameux cycles, et est souvent, de ce fait, considéré comme mineur, et ce d'autant qu'y figure un dispositif minimaliste et une légèreté qui s'avèrent finalement bien déceptifs : à la manière de la fable du "Rat des Villes et du Rat des Champs", et avec un budget visiblement réduit, Rohmer nous propose quatre sketches (courts-métrages ?) narrant la rencontre d'une jeune campagnarde à l'apparence trompeuse - qui se révèle une artiste et une moraliste rigoureuse - et d'une étudiante visiblement bien intégrée dans son milieu parisien, et surtout leurs interactions d'abord avec la nature, puis avec "la rue". Si "l'Heure Bleue", avec son naturalisme magique qui débouche sur une brève et magnifique épiphanie, rappelle "le Rayon vert", les trois autres récits renvoient aux meilleures "Comédies et Proverbes" et à leurs dilemmes éthiques ou leurs interrogations sur le langage, les apparences ou le mensonge. L'immense talent d'Eric Rohmer est parfaitement évident, tant à travers son habituelle maîtrise de la direction artistique (couleurs, décors, sons, tout est impressionnant), que sa mise en scène : subtilement mais incroyablement brillamment, Rohmer construit une sorte d'ambiance fantastique (celle de la fable ?) dédoublant le réalisme du filmage et entraînant le spectateur dans une "représentation-piège", fascinante et délicieuse, des absurdités de l'existence comme de la complexité des rapports entre ses deux héroïnes, dont la personnalité dépasse rapidement les apparences simplistes du début du film. Et si "4 Aventures de Reinette et Mirabelle" était un GRAND film, justement, et l'un des tous meilleurs de Rohmer ?