The Lost City of Z affiche"The Lost City of Z" est un film trompeur : fausse épopée d'aventures exotiques, il ne nous offre que de courtes traversées d'une jungle amazonienne sans mystère, filmée avec un réalisme impressionnant pour ce genre de production à (relativement) gros budget, et il réduit "l'aventure" à quelques confrontations - passionnantes, il est vrai - avec des tribus locales. Son titre nous promet une cité perdue, mais le film n'en montrera - logiquement - pas la moindre pierre, préférant se terminer sur une promesse et un rêve. Les fans (français, pour la plupart) du grand James Gray essaieront probablement d'y retrouver les sempiternels conflits familiaux et les problèmes de transmission qui ont été l'essence de son cinéma new-yorkais, mais, même s'ils sont en effet là, on ne peut pas dire que, cette fois, Gray louche vers la tragédie classique, tant tout semble se résoudre plutôt facilement au sein de la famille Fawcett. La gestion du temps lui-même, pourtant essentielle à la compréhension du film (les expéditions durant à chaque fois 3 ou 4 ans) paraît hasardeuse, comme si la version de 2h20 proposée n'était qu'un remontage d'une version plus longue de 4 heures. Bref, sur tous ces points, on passe très près de l'échec. Qu'est-ce qui fait pourtant que "The Lost City of Z" enchante ? Le superbe classicisme de sa mise en scène, qui retrouve la grâce absolue du cinéma d'hier ? L'image magnifique de Darius Khondji, qui crée une impression envoûtante de flottement poétique ? La pertinence du trajet de l'explorateur, partant de la recherche de la gloire et des honneurs, passant par la fascination de l'aventure extrême, et en arrivant enfin au désir de s'engloutir, de disparaître au sein de la civilisation qu'il rencontre ? Oui, un peu tout cela, qui fait que "The Lost City of Z" transcende facilement toutes nos attentes déçues. Et quand le dernier plan, extraordinairement mystérieux, montre Nina Fawcett s'éloigner dans une improbable jungle londonienne, notre émotion est à son comble.