seven affiche"Où les facultés de l'esprit viennent s'ajouter à la volonté mauvaise et à la puissance, il n'y a pour les hommes aucun moyen de défense." (Dante - La Divine Comédie / l'Enfer)

Un peu plus de vingt ans plus tard, alors que David Fincher est devenu l'un des plus grands metteurs en scène opérant à l'intérieur du "système", et qu'on s'est sans doute un peu "habitués" au dosage parfait d'intelligence méthodique et d'élégance infinie qui sont la caractéristique de ses meilleurs films, il est facile d'oublier le choc que fut en 1996 la découverte de "Seven", long cauchemar hébété au cœur d'un enfer froid, sombre, labyrinthique, que les torrents d'eau qui tombent du ciel n'arriveront jamais à nettoyer. Le problème fut, on le sait, que le seul aspect critiquable du film, cette esthétique un peu trop raffinée, ce goût pour une horreur poisseuse excessive, donna lieu à une myriade de tristes navets qui en avaient seulement après notre portefeuille en titillant notre goût malsain pour la torture et l'abomination humaine. Heureusement, le temps a fait son œuvre, et "Seven" peut être regardé aujourd'hui comme ce qu'il est, un grand film sur la condition humaine, un film qui cite Dante ou Milton non pas par snobisme pseudo-intellectuel, mais parce que cette littérature de la transcendance du mal est bien la source d'où Fincher et son scénariste puisent l'inspiration de leur apocalyptique descente aux enfers. Bien entendu, l'intuition la plus géniale du film, c'est sa dernière partie, celle où tout est définitivement perdu, celle où le mal triomphe sans partage (génial Kevin Spacey, qui rend crédible en quelques phrases toute la construction un peu alambiquée qui a précédé !), celle où la lumière trompeuse du soleil revenu dévoile que, comme on le sait finalement tous au fond de nous, l'horreur absolue réside en notre propre faiblesse, et non en une quelconque toute-puissance du Mal. A partir de là, David Fincher allait donc pouvoir réellement entamer une œuvre hors du commun.