Baby-Driver afficheDepuis les meilleurs moments de la "Trilogie Cornetto", on sait bien qu'Edgar Wright est le roi de l'exercice de style, dont la virtuosité a brillé au service des idées délirantes de Simon Pegg. Construisant avec quelques difficultés sa carrière américaine, Wright a visiblement décidé avec ce "Baby Driver" de passer à la vitesse supérieure en réalisant un film dans lequel le scénario n'a absolument ni importance ni intérêt - il s'agit de recycler ici pour la nième fois les stéréotypes épuisés du film de braquage, et d'y injecter un peu de "hype" en repompant le "Drive" de Refn - et dont le véritable sujet est purement formel. Car jamais personne n'est allé aussi loin dans l'intégration entre musique (BO géniale, rien à dire…) et montage, qui atteint ici une maestria bluffante : d'abord enthousiasmant (la fameuse scène d'introduction restera sans doute un modèle…), puis rapidement un peu saoulant, le procédé est un triomphe stylistique, même si l'on peut se demander à quoi il rime réellement, à part nous en mettre "plein la vue et plein les oreilles". Car si le spectateur ne peut honnêtement qu'admirer certaines intuitions rythmiques ou esthétiques (superbe utilisation des couleurs), "Baby Driver" quitte peu à peu la route à force d'accumuler des scènes de violence extrême, qui fatiguent vite le spectateur mais dénaturent aussi le projet de Wright. La crédibilité du film est également mise à mal par la disparité de jeu entre les acteurs, certains tombant dans le cabotinage extrême (Jamie Foxx, insupportable) tandis que d'autres restent dans une sobriété bienvenue (Elgort, Spacey, Lily James…)… Mais on peut émettre tranquillement l'hypothèse que Wright a cette fois réussi son examen d'entrée dans le groupe réduit des réalisateurs les plus hype… Pour le meilleur et pour le pire !