2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (39)Il est 20h15, il ne pleut toujours pas, je caresse l'espoir que le set d'alt-J échappe lui aussi aux intempéries. Le public change autour de moi, les Anglais arrivent, logiquement, et c'est tout de suite moins relax (on les connaît, les bâtards...). La nuit tombe doucement, et les roadies installent sur scène un matériel impressionnant : une estrade pour chacun des trois musiciens, entourée de grilles immenses de LED, avec derrière d’immenses panneaux lumineux. On sent la mise en scène à grands moyens, qui tranche avec ce qu’on a vu jusqu’à présent.

21h00 : la pluie tombe maintenant et le thermomètre a chuté, mais heureusement les conditions restent encore acceptables, surtout protégé comme je le suis dans mon ciré ! Joe, Gus and Thom s’installent chacun dans leur "cage", et attaquent leur set avec Fitzpleasure, premier de nombreux extraits de leur mémorable premier album, "An Awesome Wave". Le son est très fort, mais magnifiquement cristallin et dur, proche de la perfection – ce qui est sans doute plus facile à réaliser lorsqu’il n’y a que trois musiciens, mais bon… La voix très particulière, parfois même agaçante de Joe, contraste vivement avec son apparence physique de gros ours tranquille. A sa droite, donc directement devant moi, souvent caché par ses claviers, Gus est le plus démonstratif des trois musiciens, et il se charge en outre de la communication avec le public, dans un français excellent, presque sans accent.

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (35)Il est vrai que alt-J n’a pas une excellente réputation scénique, j’ai lu parfois que le groupe peinait à reproduire la sophistication extrême de ses albums : ce soir, ce n’est pas le cas, et il me semble au contraire que les morceaux bénéficient désormais d’ajouts qui les rendent comme il se doit plus attractifs en live, tout en demeurant spectaculairement "intelligents". La splendeur visuelle des lumières concourt également à l’impression d’une véritable expérience artistique, qui complète parfaitement la richesse musicale des chansons, mêlant une variété de styles en une réinvention moderne de ce que pourrait être le "rock" le plus pertinent de 2017 et des prochaines années.

Il reste néanmoins que, peu à peu, une certaine monotonie s’installe : si j’y réfléchis, je me rends compte que ce qui cloche, c’est bel et bien la perfection de la mise en scène, de l’interprétation, du spectacle, au détriment de l’enthousiasme et de la spontanéité qui sont quasi absentes du set. Ou plutôt, dès que Joe ou Gus esquissent un pas, un geste, un mouvement vers leur public, on les voit s’interrompre, comme pensant tout bas : « Oh fuck, I am in that cage, so I can’t do that… ! ». Heureusement, la set list s’ouvre alors aux morceaux de "RELAXER", ceux que j’attends le plus. Et Cold Blood s’avère une tuerie, pour moi le sommet du set, sans doute le morceau le plus "accrocheur" que le groupe ait composé. Au total, alt-J interpréteront cinq titres sur les huit de l’album, ce qui n’est pas mal, même si les morceaux les plus aventureux sont délaissés au profit de ceux qui sont plus "typiquement alt-J", à l’exception toutefois du très cinématographique Pleader, qui fonctionne parfaitement en live. Pendant ce temps, la pluie et le froid continuent à gagner du terrain, et c’est presque avec soulagement que j’accueille le hit Breezeblocks qui annonce la fin du concert, après une heure quinze. Pas de rappel, tout le monde se disperse rapidement pour regagner la sortie et la chaleur de son foyer.

Même si alt-J n’ont pas démérité musicalement, et ont même atteint par instants des sommets de beauté, je crois que les souvenirs les plus forts de la journée resteront pour moi ceux des sets de IAM et de La Femme. Une fois de plus, c’est l’inattendu qui survient et qui fait le prix de ce genre d’événements : aucun regret donc, au contraire, quant à cette journée rock ajoutée à l’improviste à mon planning !