Le_Caire_confidentiel afficheBelle idée que d'emmener les codes si efficaces du polar scandinave voir ailleurs ce qui s'y passe, et en l'occurrence de les confronter au chaos égyptien à la veille de la révolution de 2011 : Tarik Saleh (réalisateur) et le brillant Fares Fares (acteur, ici formidable en inspecteur au bout du rouleau, gominé et clope au bec, et producteur) nous offrent ni plus ni moins que le thriller le plus intelligent et fascinant de cette année 2017, il est vrai assez pauvre en la matière. "The Nile Hilton Incident" (oublions le stupidement ellroyen titre "francais") pourrait être un simple exercice de style, retravaillant les codes inusables du film noir dans le contexte désespérant d'une métropole étouffante, engloutie par la corruption, et ce serait déjà très beau. Mais le talent de Saleh est de dépasser le thriller politique - légèrement convenu, peut-être - pour laisser la vie palpiter à l'écran, pour filmer au rythme d'une remarquable bande son électro le chaos absolu d'une société asphyxiée, qui croirait un moment pouvoir respirer grâce à une révolution. La conclusion, absolument noire, de l'enquête de Nour, pourri parmi les pourris mais saisi par un dernier sursaut - evidemment vain - de dignité, croise alors le chemin de l'Histoire, mais le dernier plan ne véhicule aucun espoir : nous savons six ans plus tard que le printemps n'était qu'une illusion, et que, au Caire comme ailleurs, l'air continue d'être irrespirable. Un film magnifique.