the-fall-jaquetteÉtant réfractaire aux abus de "belles images", qui camouflent mal la plupart du temps la déficience du propos, et sceptique quant au nom de Tarsem Singh dont la courte filmographie fait plutôt peine à voir, il m'a fallu l'insistance de maintes personnes de bon goût pour que je regarde enfin ce "The Fall" condamné en France à une honteuse sortie en "direct to video". Et si j'ai finalement "craqué" pour ce film excessivement maniériste, ce n'est qu'aux trois quart de son déroulement : j'ai d'abord passé une heure et quart dubitative, à contempler de splendides images de contrées lointaines amalgamées dans une sorte de gloubi-boulga inculte (puisque les sites "visités" ici ne le sont que pour en exploiter la "beauté" la plus marketable, au détriment de toute culture et de toute humanité) et à déplorer un scénario assez convenu de récit contaminé par les arrières pensées et l'environnement du narrateur. Il faut que le film en arrive à matérialiser la profonde dépression de son "héros", ses instincts suicidaires / meurtriers, et leur conflit avec l'instinct de vie (de survie ?) d'un enfant pour que quelque chose de l'ordre de l'émotion se passe enfin, et vienne presque a posteriori justifier le clinquant abusif qui nous a été imposé jusqu'alors. En acceptant la noirceur absolue du monde - le massacre des opprimés ailleurs, l'utilisation des pauvres comme main d’œuvre pas chère chez nous, et la vénalité de l'amour -, "The Fall" s'assume enfin comme grand film malade et cruel : la mort absurde - et réellement éprouvante - de ses héros "mythiques" rejoint les pleurs d'un enfant de cinq ans réclamant encore du rêve, et nos larmes à nous, également libératrices après les épreuves d'une narration dictatoriale, peuvent couler. Mais c'est finalement quand Singh remplace ses propres images et leur maniérisme étouffant par celle des pionniers (Keaton, Chaplin,mais également bien d'autres moins connus) et nous montre le bonheur qu'elles apportent - à une enfant, à l'humanité - que "The Fall" se justifie pleinement : il nous parlait en fait de l'amour du mouvement (comme métaphore de la Vie, à travers la symbolique des chevaux) et surtout du Cinéma. Et il s'envole, en une célébration bouleversante des cris de joie du spectateur.