PollinatorMa théorie est que les musiques qui sont les nôtres durant notre période de construction (disons l'adolescence et les premières années de l'âge adulte) deviennent un cadre de référence incontournable, qui est aussi bien une prison dont il nous faut nous évader qu'un foyer au sein duquel il nous sera toujours si agréable de revenir. L'importance du Power Pop (même si on ne l'appelait pas comme ça à l'époque) de Blondie à la charnière des années 70 et 80 fut telle que j'ai réagi de manière quasi pavlovienne lorsque j'ai retrouvé, dans les premières plages de ce "Pollinator" les riffs, les mélodies, la voix (même si...) emblématiques du groupe. Un mélange de frustration - devant un mécanisme un peu irritant d'auto-citation - et de bonheur vaguement nostalgique... qui m'a tout d'abord écarté de cet album, un album qui ferait de toute façon toujours triste figure devant "Parallel Lines" ou même "Eat ToThe Beat". Il m'a fallu passer outre cette intro un peu trop manipulatrice ("Doom or Destiny" et surtout "Long Time", à la limite du plagiat), et découvrir peu à peu les charmes de nombre de ces chansons, d'ailleurs partiellement écrites par des fans (d'où le concept de pollinisation qui a donné son titre au disque...), qui revisitent avec plus ou moins de légèreté nombre de genres où Blondie s'illustra à l'époque. Il faut malheureusement pour prendre du plaisir, passer outre le traitement électronique offensant de la voix de Debbie Harry, histoire sans doute de dissimuler son vieillissement naturel, et c'est bien dommage... Mais le grand triomphe de "Pollinator", c'est son finale, enchaînant un "Too Much" irrésistible, qui est presque du niveau des compositions du regretté Jimmy Destri, et un magnifique "Fragments", long morceau en montagnes russes qui peut figurer parmi les meilleurs titres de Blondie, l'abeille industrieuse qui a butiné tant de fleurs depuis 1975.