2017 06 10 The Bats Petit Bain (13)Je suis maintenant entouré de fans purs et durs des Bats, ce qui est rafraîchissant, même si je ne souscris que peu à cette fausse complicité avec laquelle l'un d'entre eux me demande de me pousser pour lui faire de la place au premier rang : "Fuck off !". Et même si l'âge moyen du fan est logiquement proche de la cinquantaine - ce qui est un peu déprimant -, cela n'empêchera pas certains de se livrer à des séances de pogo sans doute nostalgiques et assez déplacées. Car un concert des Bats, ce n'est quand même pas tout à fait un flash-back sur l'époque des Sex Pistols !

Il est déjà 21h45 quand les Bats - les musiciens originaux du groupe, c'est assez rare pour être signalé - apparaissent devant nous. Hystérie des fans ! Bon, je dois reconnaître que je suis moi aussi un peu ému, car voilà 25 ans que je n'ai pas vu le fameux quatuor du Dunedin Sound en chair et en os. Je tente de réconcilier mes souvenirs du concert des Inrocks de 1992 (et les photos que l'ami Patrick avait prises) avec les quinquagénaires que j'ai devant moi. Finalement, si le passage des ans a été aussi sévère pour eux que pour nous, on se rend compte que peu de choses ont changé : Robert Scott est toujours une sorte d'ours pas très amène - qui sourit à ses fellows, mais pas au public -, Paul Kean est resté l'âme rock et le joyeux drille du groupe, celui qui communique... tandis que Kaye Woodward, tout de noir vêtue, reste d'une jolie élégance. A la batterie, Malcolm Grant s'est mué en gros monstre barbu, retranché au fond de la scène, et surtout derrière sa frappe peu spectaculaire a priori mais totalement métronomique. Il y a néanmoins ce soir une chose que je n'avais encore jamais vue, c'est que Robert Scott a devant lui une pile de papiers sur lesquels sont écrits en grosses lettres TOUTES les paroles de TOUTES les chansons, et qu'il ne les perd quasiment jamais des yeux pendant qu'il chante ! Des troubles de mémoire sévères, Robert ? Seules exceptions du set : Arvo (chanson inconnue au bataillon, une nouvelle ?), où il n'a pas besoin d'aide, et Mir, évidemment, puisque chanté par Kaye !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (11)Bon, et la musique ? Eh bien, je l'ai compris en découvrant "The Deep Set", tout simplement inchangée !  Les mêmes mélodies innocentes, à la limite du simplisme, mais tellement ensorcelantes au bout de quelques écoutes. La même rythmique obsessive, et obsédante, celle-là même que Johnny Cash inventait il y a plus d'un demi-siècle : ce martèlement du train qui roule, encore et encore, toujours et toujours... Il n'y a guère d'ailleurs que trois ou quatre modèles différents de "chanson des Bats", mais peu importe en fait, le miracle se reproduit à chaque fois : on oscille, on dodeline, on se laisse envahir par cette répétitivité bienveillante, terriblement confortable. Le formidable Antlers, perle du nouvel album, arrive en troisième position, trop tôt alors que je le rêvais en couronnement de la soirée. Smoking Her Wings nous rappelle les ambiances maritimes du formidable "The Law of Things" de 1990 qui nous avait définitivement rendu accros à cette étrange musique du bout du monde : un moment fort en émotion !

L'intensité du concert monte peu à peu, même si, par nature, la musique des Bats ne renferme aucun moment particulièrement spectaculaire, et surtout nul changement de ton, d'ambiance ou de style. Rooftops soulève les cris d'enthousiasme des fans, et je me dis qu'il aurait pu être composé à l'époque de "Fear of God" : hormis une certaine sûreté du trait, venue avec l'expérience, qui a remplacé le tremblement fragile des premières années, il est encore plus clair sur scène que rien n'a véritablement changé. Free All the Monsters et Boogey Man bouclent brillamment l'heure de concert. Sauf que Robert Scott donne le signal : c'est fini, les Bats quittent la scène, alors qu'il reste encore un titre sur la set list, et alors qu'il n'est pas encore 23 heures ! Pas très sympa, ça, pas très généreux !

Le staff du Petit Bain fait signe que c'est bel et bien terminé, qu'il n'y aura pas de rappel... sauf que, décidément bien contrariants, le quatuor revient pour un Blue bien senti, qui déclenchera une mini hystérie parmi les fans hardcore, mais qui ne nous consolera pas tout à fait néanmoins de ce set vraiment trop court. Bon, ils nous promettent qu'ils reviendront, mais doit-on les croire ? Et nous-mêmes, serons-nous encore là, des souvenirs enchantés plein la tête, un sourire béat sur le visage ?

C'est déjà très fort d'avoir fait ainsi la nique au Temps, mais combien de temps cela peut-il encore durer ?