The Witch afficheLe Cinéma, c'est quelque chose de magique : s'il suffisait d'une bonne idée et de beaucoup de maîtrise technique pour faire un chef d'oeuvre, cela se saurait... "The Witch" est une démonstration remarquable de la vieille équation qui veut que la qualité de la somme des parties soit inférieure à la somme des qualités : je n'ai rien à redire à l'intuition de départ du film, cette dissection de la bigoterie hystérique des premiers colons américains, mettant en marche une machine infernale d'auto-destruction, et ce d'autant que le respect "historique" de la langue et des coutumes confère au film une rigueur et une crédibilité étonnantes. J'ai apprécié comme tout un chacun l'image soignée, la mise en scène à la fois précise et inventive, rafraîchissant notre regard sur ce qui courrait le risque de n'être que des poncifs du cinéma fantastique de série B (juste un bémol pour la musique, aux violons stridents archétypaux et finalement assez ringards...). A la différence de beaucoup de fans du "genre", j'ai trouvé habile la duplicité permanente du film jouant les deux cartes - du réalisme et du fantastique - à la fois, sans les opposer, pour en arriver ainsi à une conclusion "libératrice" à laquelle on a envie de souscrire. Tout cela est bien beau, mais au final, "The Witch" nous laisse vaguement indifférents : il ne s'est rien passé durant cette heure et demi parfaitement maîtrisée qui puisse engendrer en nous le moindre enthousiasme, ni même la moindre crainte. Robert Eggers nous a pondu ce qui ressemble à un excellent film de fin d'études dans une Ecole de Cinéma, et il aura sans doute bluffé quelques professionnels grâce à sa technicité. Quant à faire vraiment du Cinéma, il en est encore loin et a beaucoup à apprendre.