Brooklyn affiche"Brooklyn" devrait être étudié dans toutes les écoles de Cinéma en tant qu'exemple parfait de ce qu'il faut faire si l'on veut réaliser un film d'une heure cinquante qui ne parle de rien de pertinent, et qui gâche systématiquement tous ses atouts, comme par exemple une actrice qui accroche vraiment la lumière (Saorse Ronan, qui reste la seule raison valable de s'infliger autant d'académisme mou), ou un thème - l'immigration et le déchirement entre son pays d'origine et son nouveau foyer - pour le moins d'actualité. Tout spectateur normalement constitué - je ne parle pas des sourds et aveugles de l'Académie des Oscars qui ont nominé 3 fois (trois fois !) "Brooklyn" (il devait s'agir d'une private joke...) - commence le film plein de bonne volonté, mais décrochera à mi-parcours, engourdi par tant d'inanité : le scénario, pourtant signé de notre ami Nick Hornby, survole à toute allure les conflits, les difficultés que rencontre son personnage dans sa nouvelle vie d'immigrante, évitant incompréhensiblement tout ce qui pourrait dépasser le stade de l'émotion artificielle pour aller chercher un peu de vérité dans des situations dont on rage de ne voir que si peu de choses. Lorsque Eilis retourne à la verte Irlande, on atteint des sommets d'insignifiances, son dilemme moral et émotionnel étant résolu comme par hasard, sans que rien ne soit appris. Il est d'ailleurs impossible de détester franchement ce "joli film", puisque rien ici ne dépasse l'anecdote et que le formalisme ripoliné de l'image évoque un monde de pacotille où tout fini forcément bien, pourvu qu'on s'en tienne à son chemin bien tracé. On l'aura simplement complètement oublié dès que le générique de fin aura commencé à défiler.