Mustang afficheIl n'est pas facile d'aimer vraiment "Mustang", film pourtant sincère (on sent que nombre de scènes viennent directement du vécu de la jeune réalisatrice turque dont c'est le premier film) et important (regarder objectivement la réalité d'une société musulmane et patriarcale devient de plus en plus vital, alors que les pratiques religieuses rétrogrades se répandent). C'est que le film de Deniz Gamze Ergüven, dont on peut certes louer la sensibilité frémissante, est plombé peu à peu par les invraisemblances d'un scénario qui cherche trop dans la seconde partie du film à théâtraliser la fuite de sa jeune héroïne, et à nous assurer une sorte de happy end difficilement crédible. Le meilleur de "Mustang", c'est évidemment ces longs plans magnifiques sur les cinq sœurs vivant leurs derniers moments de liberté - malgré l'enfermement de plus en plus radical qu'on oppose à leur jeunesse fougueuse - avant que le destin ne se referme sur eux (un destin dont la déclinaison systématique des variantes est aussi une indéniable faiblesse du film..). Le problème est que la beauté de ces scènes magiques est assourdie par l'écho d'un film antérieur, très semblable dans ses thèmes et même son exécution, mais infiniment supérieur, le génial "Virgin Suicides" de Sofia Coppola : alors, plagiat, simple inspiration ou pure coïncidence ? Peu importe, mais "Mustang" se relève difficilement de la comparaison.