2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde (21)21h30 : The New Pornographers sont sept sur scène ce soir : on compte en effet la présence au chant (aux côtés de Carl et de Kathryn) de Simi Stone, qui parvient à imiter parfaitement le timbre de Neko Case (… qui ne participe pas, elle, aux concerts du groupe, on le sait). L’exiguïté de la scène du Divan du Monde oblige les musiciens à jouer sur deux rangs, les trois chanteurs au premier rang avec Blaine sur la gauche aux claviers, et la guitare et la section rythmique à l’arrière, ce qui nous prive quand même un peu du plaisir d’admirer le travail toujours spectaculaire de Todd à la guitare…

Le set démarre très fort avec les accents impérieux de High Ticket Attractions qui permet de vérifier immédiatement que chez les New Pornographers, le mot “power” dans Power Pop n’est pas vain : la mélodie irrésistible de l’un des meilleurs titres de “Whiteout Conditions” est propulsée par un son puissant, à la fois compact et lyrique, sur une pulsation rythmique irrépressible. Je me souviens que lorsque j’avais découvert le groupe, cette puissance avait immédiatement évoqué celle de leurs compatriotes d’Arcade Fire, mais j’avais ensuite découvert qu’il s’agissait d’un leurre, car ici c’est la recherche de la mélodie pop parfaite qui conditionne la musique, pas l’expression de sentiments extrêmes.

Impression renforcée un peu plus tard par le merveilleux Moves, son riff presque hard (« These things get louder… ») contrastant avec les voix divines (« Slow to singalong crawl… ») qui n’arrêtent pas d’élever la chanson vers les cieux. Même au premier rang avec l’ampli de Carl Newman qui nous envoie ses décibels en pleine tronche (pour mon plus grand plaisir, vous me connaissez…), les voix de Carl, de Simi et de la souriante Kathryn restent suffisamment claires pour que le goût sucré des chansons subsiste sous l’assaut des guitares.

2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde (26)Bon, je ne vais pas détailler chacune des chansons, toutes simplement lumineuses, de la setlist ce soir, mais il est important de comprendre qu’il n’est nul besoin de les avoir entendues auparavant pour les savourer, l’immédiateté pop fonctionnant à plein avec les New Pornographers. Je ne connais finalement qu’une petite partie de l’abondante discographie du groupe (sept albums), mais la complexité de la découverte n’empêche jamais le plaisir… Ceci dit, je dois dire que notre ami Carl, plus ou moins imberbe cette fois, reste un leader peu souriant, peu communicatif, et totalement concentré sur sa musique, ce qui fait que je me suis dit à deux ou trois reprises qu’un peu plus d’interaction avec le public – qui lui, est en joie, et sautille, et agite les bras, et chante les chansons – ne ferait pas de mal non plus…

Moi, peinard, j’attends l’explosion, qui s’était produite, de manière sidérante, dans la dernière partie du set de la Joy Eslava en 2010… et qui se fait un peu attendre. Le joyau Sweet Talk Sweet Talk, porteur d’une allégresse totale (« Silhouette, tell me a tall tale, go shout it out… »), avec sa montée en puissance centrale, donne le signal de l’accélération finale du concert, mais ça sera Avalanche Alley, dans une version très rock, qui nous fera atteindre le nirvana, ou presque… Car, à la différence du public espagnol fanatique de l’époque, les Parisiens contrôlent un peu trop bien leur passion (?) pour le groupe, et le basculement n’a pas complètement lieu. Mass Romantic termine efficacement le set, après 70 minutes sans répit aucun.

Un rappel rapide, peut-être un peu trop, qui se conclura sur le classique The Bleeding Heart Show dans une version qui me semble moins somptueuse que dans mes souvenirs. Ah, les souvenirs des “grands concerts du passé”, c’est un peu un poison finalement. Serait-ce que, du coup, j’attendais encore plus des New Pornographers que ce set intense, brillant, qui aura visiblement contenté son public ? Que j’attendais trop de ce groupe tellement singulier, aux compositions irrésistibles et à l’énergie sans faille ? Bon, ce n’a pas été une déception pour autant, loin de là, et je sais que vais continuer à les suivre. Car comment, et pourquoi, résister, en ces temps de disette mélodique, au pouvoir de grandes chansons ? »