End of WatchAu delà de sa remarquable et semble-t-il inépuisable imagination, au delà de son talent littéraire enfin reconnu, Stephen King réussit régulièrement à être un auteur étonnamment pertinent dans ses charges contre les dysfonctionnements sociétaux, qu'il déguise non sans pudeur en thrillers horrifiques. On l'a connu par exemple dénonciateur acharné des violences conjugales, ou encore sonneur d'alarme quant aux risques possibles de l'usage intensif du téléphone portable... "End of Watch" conclut la trilogie "Mr. Mercedes / Finders Keepers" par un retour inattendu vers le fantastique - un retour d'ailleurs pas forcément d'une grande légèreté -, et finit par décevoir à cause d'une fin terriblement dénuée d'originalité après une remarquable et progressive montée en tension : là n'est donc pas l'intérêt d'un livre qu'on est bien obligés de juger comme très mineur dans l'oeuvre de King, comme d'ailleurs ses deux prédécesseurs. C'est la rage sourde dont il faut preuve quand King s'inquiète du développement du phénomène des suicides d'adolescents, et la légère ironie avec laquelle il observe notre fascination hypnotisée envers les écrans, qui font de "End of Watch" une lecture roborative malgré ses faiblesses. On attend maintenant un livre véritablement engagé sur l'Amérique de Trump, et pourquoi pas, cher Stephen, un retour vers les thèmes si pertinents de "The Dead Zone" ?