ManchesterbytheSea afficheLa première partie de "Manchester by the Sea" fait partie des plus belles propositions de cinéma que j'aie vues depuis longtemps : cette description patiente et empathique du calvaire d'un homme comme "absent au monde", qu'un cruel jeu du destin ramène sur les lieux de son "crime", entrelacée avec des flashbacks de plus en plus intrigants, jusqu'à une révélation stupéfiante qui révèle l'ampleur de cette catastrophe émotionnelle que nous ne faisions que soupçonner jusqu'alors, c'est vraiment du beau, du très beau cinéma. Un film comme - soyons honnêtes - le piètre cinéma indie américain nous en donne excessivement peu, et qui place le quasi-inconnu Kenneth Lonergan dans la courte liste des metteurs en scène qui comptent. Il est vrai que "Manchester by the Sea" lutte un peu pour conserver le même niveau une fois toutes ses cartes abattues, surtout que Lonergan évitera soigneusement de nous rasséréner en déclinant ces clichés qu'on voyait pourtant venir de loin. Mais il nous reste heureusement à vivre une scène incandescente entre Michelle Williams et l'impeccable Casey Affleck, qui nous permettra de laisser enfin couler ces larmes amères que nous avons retenues si longtemps. Ni vraiment le mélodrame qui a été abusivement vendu pour attirer le grand public, ni complètement la peinture psychologique intimiste à laquelle on pouvait s'attendre, "Manchester by the Sea" s'avère un beau geste de Cinéma, exigeant de son spectateur intelligence et patience. Et, plus important sans doute, un film dont on sort grandis, et meilleurs : un peu plus humains.