2017 04 19 Timber Timbre Cigale (44)21h00 pile, c'est en format quatuor que Timber Timbre se présente ce soir à la Cigale, devant une fosse désormais remplie jusqu’à la gueule : Taylor Kirk et Simon Trottier sont, logiquement, au premier plan, se faisant quasiment face (et non face au public…), à la guitare et à la basse - qu'ils échangeront plusieurs fois au cours de la soirée. Derrière eux, au même niveau, un batteur et un claviériste. Ils attaquent Pollution et on remarque tout de suite que le son est excellent – c’est très souvent le cas à la Cigale quand même -, un son ample et profond, mettant en valeur les sonorités solennelles et caverneuses qui caractérisent la majorité des chansons jouées sur scène. Par contre, on ne sera pas aussi satisfait des lumières, le groupe jouant dans une sorte de pénombre, certes contribuant à "l'ambiance" de leur "Dark Americana", mais peu propice aux photos : Taylor sera tout au long du concert baigné dans des lumières uniformes bleues ou rouges qui ridiculisent les capacités limitées de mon petit Lumix. Tant pis, laissons-nous plutôt bercer par la voix étrange et attachante de Taylor Kirk et par ses mélodies hantées, à la fois évanescentes et obsessionnelles. Les morceaux sont exécutés dans des versions assez proches de celles des disques, mais comme dépouillées de leurs mélodies, au point de n’être pas toujours immédiatement reconnaissables. Elles sont aussi occasionnellement transpercées par un solo de guitare bruitiste ou de trompette apaisante.

Tout le concert se joue avant tout dans l'ambiance, car il règne finalement une certaine uniformité. Les morceaux de "Sincerely, Future Pollution" – le nouvel album – et du beaucoup plus remarquable "Hot Dreams", qui l’avait précédé en 2014, s’enchaînent dans la même atmosphère tendue, un peu gothique : je réalise que malgré la beauté indiscutable de la musique de Timber Timbre, il manque un je ne sais quoi qui élèverait les chansons vers autre chose. Il manque peut-être un grain de folie qui ferait basculer l'angoisse et le spleen diffus et élégant, parfois un peu anecdotiques, de la musique de Timber Timbre vers des abîmes autrement plus vertigineux. Je ne peux m'empêcher de me dire que c'est comme du Nick Cave trop propre sur lui, sans les pics de déraison ni les gouffres de souffrances : le problème est que, à peine cette idée a-t-elle germée dans ma tête, que je le rends compte que je vais maintenant comparer chacune des sensations très mesurées offertes par Timber Timbre à la déraison extatique des Bad Seeds...

2017 04 19 Timber Timbre Cigale (34)La tension monte néanmoins au fil des chansons, le ton se durcit, les effets de country music crépusculaire (David Lynch, Johnny Cash et Chris Isaak, bonjour) aiguisent l'appétit du public... mais quelque part subsiste ce sentiment d'une demi-mesure, d'un manque d'amplitude et de profondeur. Les images qui naissent dans notre imagination sont finalement peu marquantes, le plaisir comme la peur sont superficiels. Il faut aussi reconnaître que l’attitude de Taylor Kirk n’aide pas beaucoup : avec son look d’Américain moyen dégarni et son peu d’efforts de communication avec le public, avec son petit sourire en coin qui contraste avec la noirceur de sa musique, on ne peut pas dire qu’il véhicule visuellement sa musique !

Les meilleurs moments du set sont aussi, logiquement, les morceaux les plus accrocheurs sur les albums : Hot Dreams avec sa sensualité crasse, Grifting avec sa tentative de funk glacial… Mais j’ai vraiment du mal à m’enthousiasmer. Après 1h05, Timber Timbre aborde les rappels, il y en aura deux, le premier illuminé par l’excellent Grand Canyon, un morceau qui a du souffle, qui permet pendant quelques minutes au concert de décoller. 22h30, c’est fini : autour de moi, les gens paraissent plutôt satisfaits, alors que j’ai personnellement le sentiment qu’il ne s’est pas passé grand ’chose ce soir à la Cigale. Sinon la parfaite démonstration que Timber Timbre n’est pas un groupe de scène, et qu’il vaut mieux pour notre bonheur nous cantonner à écouter tranquillement ses albums !