The_Deep_SetIl y a des artistes qui creusent inlassablement le même sillon, font le même film, écrivent le même livre, composent la même musique, sans pour autant perdre leur inspiration, ni même (vraiment) lasser leur public, tant cette obstination paraît féconde. Ou au moins tant elle témoigne d'une foi sincère dans leur Art, d'une préoccupation profonde envers les messages - ou simplement les signaux - qu'ils envoient au Monde. Les Bats sont probablement le meilleur exemple que je connaisse - dans le Rock - de cette invariabilité, de ce refus de sacrifier aux modes, aux influences, aux tendances : depuis la fin des années 80, les Néo-Zélandais de Christchurch produisent ainsi plus ou moins le même album (on en est avec "The Deep Set" à sa neuvième émanation, avec un break de 10 ans entre 1995 et 2005), et on serait bien en peine d'affirmer qu'il y a eu un seul disque des Bats qui ne nous ait pas enchanté à un moment de notre existence. Le secret de leur recette n'en est pas un : des mélodies pop claires, parfois un peu enfantines, des guitares qui carillonnent, une rythmique façon locomotive qui semble inarrêtable... une sorte de mélange curieusement innocent entre le "groove" de Johnny Cash et la transe immobile des Feelies. Avec le temps, la musique des Bats est cependant devenue moins joyeuse, moins entraînante, moins rapide... mais elle a gagné en complexité, sans perdre en émotion. L'âge a donc quand même eu prise sur les Néo-Zélandais, mais le sentiment enthousiasmant de légèreté et de détermination mélancolique que véhiculaient les premiers albums, qui nous avaient fait tomber amoureux des Bats en 1987, est toujours là. Il y a des choses qui, heureusement, ne changent pas.