Ma Loute AfficheVoici un film différent, un film "rare" : longtemps haïssable et fastidieux, le voilà qui s'avère soudain parcouru par la grâce. On commence par détester "Ma Loute" - à cause du sur-jeu insupportable de Binoche et Luchini, des poncifs usés et ici bien ressassés sur la lutte des classes, mais aussi de ce qui semble un mépris générale envers les personnages - avant de s'ennuyer ferme tant les enjeux sont très vite exposés et qu'ensuite rien n'évolue plus, ni les situations ni les personnages... Puis, à mi-parcours environ, quelque chose s'élève - à l'image de ses personnages qui lévitent (sous l'effet de l'extase religieuse) ou qui flottent tout simplement (gonflés par leur impuissance) : c'est peut-être grâce au personnage fascinant de Billie l'androgyne, dont le mystère restera - heureusement - entier, ou bien parce que derrière les clichés burlesques, l'humanité finit par transparaître. Ou bien plus simplement parce que Bruno Dumont - pour antipathique que soit le projet initial de "Ma Loute" - sait filmer (beauté et laideur confondues), sait mettre en scène (des conflits, des troubles, des élans, des ambigüités), et surtout sait faire vivre devant nos yeux un monde disparu, fantasmé peut-être. "Ma Loute" est donc un film difficilement recommandable, tant il teste les limites du spectateur, en l'agressant sans relâche : pourtant, impossible de nier qu'il s'agit là, indiscutablement, d'une vraie œuvre de Cinéma. Pour le meilleur et pour le pire.