les diaboliquesAlors, au début, il y a cette image véritablement traumatisante de Paul Meurisse émergeant de sa baignoire, les yeux révulsés : j'étais enfant, j'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre. Surtout quand juste après, il retirait ses "faux globes oculaires" : là, mon innocence en a pris un coup, j'ai compris avec "les Diaboliques" que les gens mentaient, et pire, que les films mentaient eux aussi. Puis j'ai grandi, et avec mes chouchous de la Nouvelle Vague, j'ai rangé Clouzot dans la boîte bien étiquetée des cinéastes dépassés, qui ne savaient pas nous parler de la vie. Même si je ne comprenais pas bien comment ceux qui vénéraient Hitchcock d'un côté pouvaient ignorer Clouzot de l'autre, tant "les Diaboliques" est proche par instants de la syntaxe hitchcockienne… Sauf qu'à la perversion et à l'inconscient il substituait un réalisme froid et une noirceur implacable, digne d'un Céline : tous des salauds, tous des monstres. Aujourd'hui je sais. Je sais que si "les Diaboliques" n'est pas un divertissement aimable, malgré le scénario (exemplaire et) retors de Boileau-Narcejac, c'est "une sorte de grand jeu sadique, où Clouzot triture les débris sinistres d'une histoire d'amour déchue à coup d'images comme des lames de couteau" (comme l'avait écrit je ne sais qui…). J'imagine facilement - peut-être à tort - que Clouzot était lui-même un sorte de salopiot, quand on voit comment il se caractérise en mari sadique envers sa propre épouse, qu'il humilie dans tous les sens du terme, et en particulier comme actrice en la rendant ridicule face aux deux monstres sacrés que sont Signoret et Meurisse, tous deux impériaux. Bref, il reste en 2017 beaucoup de choses à dire et à écrire sur ce film aussi impressionnant que foncièrement "dégueulasse" (comme le dit Michel à la fin de "A Bout de Souffle"). Mais je crois que je préfère toujours la Nouvelle Vague.