Jackie afficheCeux qui comme moi étaient enfants à l'époque de l'assassinat de JFK se souviennent de l'admiration générale qui se manifesta alors envers Jackie, qui assuma pendant les quelques semaines critiques suivant la mort de son mari une position de "First Lady" qui frappa l'imagination des gens à travers le monde. L'intelligence de Pablo Larrain est de concentrer son film sur ces quelques jours, avec seulement quelques flashbacks sur la Jackie "d'avant", qui dilapidait avec insouciance l'argent du gouvernement fédéral pour remeubler la Maison Blanche. Aidé dans son approche par une Natalie Portman visiblement très impliquée dans un jeu de mimétisme absolu (un peu lourd parfois, néanmoins), Larrain nous peint le portrait assez radical - la musique stridente participant à un certain inconfort du spectateur - d'une femme qui vit simultanément un séisme émotionnel et "son moment de grandeur" face à l'Histoire : on peut penser qu'elle fait ce qu'elle fait pour elle-même plus que pour l'héritage de JFK, et la ridicule imagerie d'un Camelot de comédie musicale de pacotille. "Jackie" dénote donc une approche passionnante, et est construit avec une volonté paradoxale de ne pas caresser son spectateur dans le sens du poil... Sauf qu'il le fait si bien que le spectateur s'ennuie assez affreusement devant un film qui ne lui accorde jamais sa place, qui lui refuse toute empathie avec des personnages psychorigides et peu aimables. Bref, un beau projet, mais un film dont on se passerait facilement.