Vaiana affiche

"Vaïana" est la preuve que John Lasseter a un objectif unique - celui qui avait motivé la dernière tentative d'animation traditionnelle des Studios, "la Princesse et la Grenouille" (un échec) : offrir à la vieille Maison Disney un nouvel âge d'or (son troisième ? on peut en débattre longtemps...), en conjuguant les vieux messages familiaux et d'accomplissement personnel à une technologie de pointe, tout en révolutionnant les aspects les plus réactionnaires de la culture Disney, en particulier les stéréotypes racistes et machistes sur lesquels son succès a longtemps été construit. "Vaïana" est de ce point de vue une réussite totale, chacun des articles du cahier des charges de Lasseter étant parfaitement exécuté : le retour des vieux artisans Musker et Clements assure la continuité de l'héritage, la culture polynésienne accède à une reconnaissance globale, et le héros contemporain est une femme moderne, à poigne, qui a abandonné les fanfreluches de la princesse (même si l'animal side kick est toujours là, il n'est plus mignon, juste terriblement crétin) pour assurer pleinement son rôle de leader à l'intelligence émotionnelle digne des meilleures écoles de management. Quant à l'animation et l'image, on est ici devant ce qui se fait véritablement de mieux en 2016, et le spectateur de tout âge, pour peu qu'il ne soit pas allergique aux couleurs pétantes et à un mauvais goût endémique à la culture Disney, en prendra plein les mirettes ! Reste les scories, les épouvantables chansons qui s'enchaînent et donnent envie de hurler (même Maui en a marre, dans un bref instant de lucidité), et un scénario bancal qui peine à emporter l'adhésion tout au long d'un film à la durée excessive. "Vaïana" sera sans doute un succès public, qui couronnera le film et récompensera Lasseter. Tant mieux pour lui. Nous, les cinéphiles blasés, remarquerons surtout que George Miller et ses barbares post-punks sont désormais une influence globale, reconnue en tant que telle même chez Disney.