2016 11 02 Slaves Trabendo (41)21 h 00 : Précédés par une introduction enregistrée qui me semble loucher du côté hip hop, le duo de Slaves entre sur la scène du Trabendo, et le public, désormais bien compact et bien remonté, explose de joie : Isaac martèle ses fûts avec une assurance martiale tout en vociférant dans son micro, tandis que Laurie balance la purée avec sa guitare punky bien lourde et bien distordue. Première réaction : bon dieu, ça fait du bien ! Le son est fort, mais pas excessivement, malheureusement… et surtout l’énergie est bien là ! Quelle différence avec le “punk rock by numbers” de Life ! Avec Slaves, on retrouve la bonne vieille urgence du discours militant de nos chers Clash, modernisé grâce à l’intégration de sonorités heavy metal et d’un phrasé rap… mais le fond du discours reste le même : l’appel à prendre son destin en main (“Take Control !”) dans un pays – l’Angleterre – ou le libéralisme sauvage datant de l’époque Thatchérienne continue à être la règle.

Au troisième morceau, Isaac est déjà torse nu, il faut dire qu’il se démène comme un forcené sur son kit, et que le rythme ne faiblit pas. Les exhortations à la révolte fusent, mais dans un esprit bon enfant, sans réelle agressivité, ce qui fait que les nombreux pogos qui font rage au centre de la fosse restent quand même assez civilisés : pas de déclenchement de vraie bagarre comme c’est souvent le cas dans ce genre de concerts, tandis que les slammers, échouant à franchir l’espace entre la barrière et la scène, ont tendance à tourner tranquillement en rond sans venir menacer nos crânes au premier rang. Il faut quand même attendre le grandiose Sockets, le morceau qui invoque le plus les mânes du Punk ’77, pour que la folie explose vraiment dans la salle. The Hunter est le sommet suivant, un morceau redoutable, un peu plus complexe que la moyenne, avant que Cold Hard Floor, sur lequel Isaac tient la basse et Laurie part en vrille sur sa guitare, vienne montrer que Slaves a aussi le potentiel d’évoluer au-delà de sa formule basique actuelle…

2016 11 02 Slaves Trabendo (82)L’irrésistible Cheer Up London, avec son refrain addictif et hilarant (« You’re dead, already dead ! », si, si !) met tout le monde en joie, avant qu’Isaac ne descende s’asseoir dans la fosse au milieu de ses fans, pour un unique moment de calme avant le déchainement final : Where’s your Car, Debbie ?, pour ceux qui savent, les fans de la première heure (je n’en suis pas, je l’avoue en toute humilité…) et surtout le magnifique Hey en conclusion hystérique, une grande chanson, qui permet – enfin – à Slaves de basculer dans le chaos. Trois minutes de bonheur punk, qui finalement engendrent un certain regret : ce set a été sans doute un peu trop maîtrisé pour son propre bien, Slaves ayant la capacité de retrouver la folie intégrale des grands groupes furieux du passé, mais reste un peu en deçà. A moins que ce ne soit ce concert particulier, excellent, qui a manqué d’un soupçon de déraison…

En tous cas, après un peu moins d’une heure de musique – mais c’est la règle quand on joue avec ce niveau d’intensité –, on ne peut que s’estimer satisfaits par Slaves. Espérons qu’ils résisteront à l’usure du succès et du temps, et qu’ils restent longtemps pour nous fournir notre dose régulière d’énergie et de colère !