Vous_ne_l_emporterez_pas_avec_vous

Dire qu'on n'a pas aimé un film de Capra revient de nos jours à se faire déconsidérer, voire bannir de la confrérie des cinéphiles de bon goût : pourtant, il me faut bien reconnaître que ce "Vous ne l'Emporterez Pas avec Vous", que je n'avais encore jamais pu voir, m'a fait souffrir, et que les jolies qualités - indéniables - habituelles des films de Capra (la générosité envers les personnages, la finesse des élans romantiques, l’exubérance du happy end qui voit triompher le Bien, etc.) n'ont pas compensé le malaise profond qu'ont fait naître en moi les thèses de Vanderhof, ainsi que la pénible accumulation de personnages farfelus que Capra nous met en demeure d'aimer sous le seul prétexte qu'ils se sont libérés de la tyrannie américaine du succès et de l'argent. Il y a toujours chez Capra une sorte de populisme démagogique à l'œuvre, mais on le justifie généralement par la nécessité d'un contrepoids idéologique aux idées dominantes du capitalisme et de l'American Dream : malheureusement, ici, ces idées rejoignent dangereusement les théories de l'extrême-droite anti-establishment qui remonte fort en ce moment avec Donald Trump, la diatribe contre les impôts fédéraux assénée à un contrôleur fiscal, évidemment gris et incompétent, les cristallisant de manière particulièrement désagréable. Si l'on ajoute que Lionel Barrymore - à la différence d'un James Stewart délicieux de finesse et d'un Edward Arnold particulièrement juste et touchant dans sa redécouverte de la paternité - fait preuve d'un histrionisme pénible qui plombe de nombreuses scènes, il faut bien reconnaître qu'on est loin ici des sommets atteints ailleurs par Capra !