Nocturama affiche

Sous les brillants auspices de Bret Easton Ellis ("Glamorama" et ses top models terroristes) et de J. G. Ballard (dérives auto-destructrices de la jeunesse dorée), l'atroce Bertrand Bonello a réalisé avec son "Nocturama" ni plus ni moins que le film le plus stupide et le plus déplaisant qu'il m'ait été donné de voir depuis bien longtemps (... et sachez que je ne lui pardonnerai pas d'avoir du même coup gâché le titre de l'un des meilleurs albums de Nick Cave !). Stupide, car Bonello confond ellipses conceptuelles et trous béants dans son scénario incohérent : aucune vraisemblance ni dans les causes, ni dans les conséquences de ces actes terroristes, perpétrés par des épouvantails théoriques réunis en dépit du bon sens (le gang composé d'étudiants de Science Po et de racaille du 9-3, n'en rêvez plus, Bonello l'a inventé pour vous...), et agissant sans aucune logique ni cohérence (ah, ce rendez-vous à l'intérieur de la Samaritaine réinventée, histoire de bien nous tartiner du vide "consumiste" pendant plus d'une heure !), aucune rigueur topographique (les trajets délirants en métro, la tour de la Défense qui devient la tour Montparnasse, etc. etc.), aucune pertinence politique : personnellement, il me semble que Paris et ses victimes d'attentats méritent autre chose que la masturbation molle d'un cinéaste paumé dans ses délires assimilant haine de la globalisation, djihad et spleen adolescent dans un même brouet nauséabond ! Déplaisant, à tous les niveaux : citer le Van Sant de "Elephant" et le Carpenter de "Assaut" dans un même fim, à quoi cela sert, sinon à faire le malin quand on est soit-même incapable de "mettre en scène" quoi que soit ? Les flashbacks lourdingues, les multiples revisites de "moments-clé" sous des angles différents (l'effet Rashomon, Bertrand ?), l'utilisation absurde de musiques référentielles, l'absence complète de gestion de l'espace - un comble quand on veut réaliser un film "d'enfermement" -... tout est tout bonnement insupportable de prétention et d'incompétence pendant les deux très, très longues, heures de "Nocturama". Déplaisant, répétons-le, parce que ce que démontre Bonello en tirant un but contre son propre camp, c'est que le cinéma français d'auteur - que je suis d'ordinaire le premier à défendre - est totalement incapable de nous dire quoi que ce soit de pertinent, voire même de raisonnablement acceptable sur l'époque que nous vivons. Et ça, au delà du supplice qu'est le visionnage de ce... détritus, c'est la très, très mauvaise nouvelle du film.

PS : Il y a par contre une bonne nouvelle, c'est le désintérêt total du public pour "Nocturama", qui peut nous laisser espérer que nul ne financera plus jamais les vilains projets de Bertrand Bonello.