Etait-ce bien raisonnable de programmer mes chouchous de Foals en tête d'affiche, surtout après un Iggy Pop qui aura forcément marqué les esprits ? Eh bien, à 23h20, la réponse à cette question ne fait pas de doute : c'est un grand oui ! Car Foals vient de renouveler le miracle de l'Olympia, et est donc désormais l'un des meilleurs groupes « live » en activité. Littéralement monstrueux !

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… Quelques minutes d'inquiétude donc quand le public d'Iggy déserte la grande scène et laisse beaucoup de vide, que les fans de Foals prendront un peu de temps à remplir à nouveau…. Et quand on constate un dispositif plus léger pour filmer (la louma est démontée, il ne reste plus qu'un cameraman sur le devant) : considèrerait-on à Rock en Seine que Foals n'est pas une véritable tête d'affiche ? Mais, dès leur tonitruante entrée sur scène, Yannis Philippakis - qui le semble avoir forci (bon nous aussi à la fin des vacances, hein ?) - et sa troupe, mettent les points sur les "i" : le son est au maximum (merci, merci !), le light show est magnifique, et surtout, bien sûr, la musique est tout simplement terrassante. Avec une set list assez similaire à celle de l'Olympia (un peu raccourcie bien entendu), Foals prouve dès les 10 premières minutes qu'il n'a pas aujourd'hui de rival sur la planète, quand il s'agit de cogner fort dans un bon esprit rock dur, puis de partir dans des explorations psychédéliques avant de faire danser tout le monde sur ses mélodies chatoyantes : jouer d’entrée de jeu la tuerie qu'est Snake Oil, puis dix minutes plus tard, le tube dance-friendly qu’est My Number, et puis encore partir sur l'un de ces délires furieux où les musiciens se regroupent, se concentrent, pour engendrer une de ces tornades électriques incroyablement brutales qui caractérisent Foals... permet de balayer rapidement la concurrence : même après un set aussi mémorable que celui d'Iggy Pop, Foals est intouchable. Yannis rayonne littéralement de joie de voir son groupe ainsi au pinacle, et remercie ardemment la France de son soutien (il s'excusera ensuite au nom de son pays pour le Brexit...) : on le comprend tant se dégage désormais de Foals une sorte de sensation de toute-puissance, un rayonnement qui est la marque des très grands.

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Chaque morceau propose quelque chose de nouveau, de stimulant, d'indiciblement beau, et l’on se laisse bercer dans une sorte d’état extatique pendant une bonne demi-heure sans une seule faute de goût… jusqu’à une version inoubliable de A Knife in the Ocean, qui nous soulève littéralement l’âme – ah, ces ascensions sonores verticales ! – malgré son thème trivialement politique (la nullité et la malhonnêteté de nos politiciens, qu’ils soient français ou anglais, nous a expliqué Yannis…) : on entre alors dans la dernière demi-heure du set, celle des extases à répétition. Inhaler clôt le set principal de superbe manière, Yannis prenant de réguliers bains de foule, allant surfer sans crainte sur les bras amis (comme d’habitude, ce diable d’homme semble n’avoir peur de rien, et il a raison…).

Le rappel est la parfaite tuerie qu’on espérait pour clore Rock en Seine, le nirvana qui assoit la suprématie de Foals sur la concurrence. On attaque par les hurlements de damnés de What Went Down (The Cure rencontre les Black Keys dans un asile d’aliénés, serait ma définition de cette version infernale…), puis on tressaute frénétiquement sur le « math rock » de Cassius, vestige d’une époque où Foals cherchait sa voie dans l’avant-garde, avant de basculer dans l’hystérie générale (Yannis hurle : « let’s be savage ! ») avec le fabuleux Two Steps, Twice.

Et c’est fini, avec 10 minutes d’avance sur l’horaire prévu, mais nul ne devrait se plaindre tant le set de Foals aura été exemplaire ce soir. Et pleinement satisfaisant.