2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (6)

23 h 00 passées : le quatuor à cordes s’installe dans le fond de la scène, à gauche – donc loin de nous qui sommes sur la droite – et commence à s’échauffer. Il nous fait donc patienter un peu avant l’arrivée du groupe, et surtout d’Alex et Miles, accueillis par la public de Rock en Seine comme des dieux vivants. Ca y est, ça y va de sa petite larme un peu partout autour de nous, alors que The Last Shadow Puppets explose littéralement sur scène. Soyons clair, ce ne sera pas vraiment un concert ce soir, au sens où il me semble que la musique n’importera pas beaucoup : niveau sonore finalement exagéré par rapport au style musical, voix d’Alex et de Miles pas formidablement mises en valeur, absence d’une construction émotionnelle quelconque, les chansons d’enchaînant rapidement en semblant s’annuler les unes les autres (un défaut d’ailleurs endémique des sets de Arctic Monkeys, je le remarque à chaque fois)… Non, ce soir, nous sommes conviés à la mise en scène carrément outrancière d’une double célébration : celle de la star Alex Turner par son public, et celle de l’amitié absolue, folle même (de l’amour fou ?) par Miles et Alex, qui ne semblent être ici que l’un pour l’autre.

L’heure et demi que nous allons vivre va être assez incroyable, même si la musique avec laquelle The Last Shadow Puppets va tenter de nous assommer est loin d’être aussi bonne que les fans le disent : Alex Turner, en particulier, n’a plus rien à voir avec le post ado coincé et un peu désagréable des débuts, il arpente la scène, se déhanche, provoque, minaude… on ne l’a jamais vu comme ça… et les filles hurlent ! Miles Kane – qui a pris du poids et de l’âge - quant à lui, a adopté une attitude disons “scorsesienne” de mafieux en peignoir, à la fois débonnaire et agressif. Mais c’est quand ils sont dans les bras l’un de l’autre, et ils le seront beaucoup ce soir, que Miles et Alex nous jouent la bromance absolue, presque l’histoire d’amour : inoubliable duo de plusieurs chansons sur un seul micro, dans les bras l’un de l’autre – capturé par une caméra à bout portant assez envahissante – avec échange de bisous.

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (13)

Si le psychodrame est aussi puissant, cinématographique presque – dommage que les lumières n’aient pas été un peu meilleures que ce rouge omniprésent, car il y avait des photos spectaculaires à prendre de ces poses extatiques ou provocatrices, parfaitement artificielles, et pourtant curieusement touchantes -, c’est aussi que ce soir est le dernier concert de la tournée des Last Shadow Puppets, donc potentiellement THE LAST ONE EVER, comme le laisse à demi entendre Alex, puisque la “formation” n’existe que sporadiquement – avec un schisme de 8 ans cette fois ! Alors que le set se clôt par une version ultra-fidèle et donc ultra-puissante de Moonage Daydream (inévitable hommage à Bowie, on les aurait détestés de ne pas le faire…), je me surprends à mesurer l’incroyable écart entre le show à l’Olympia de 2008 – où la reprise bowienne était In the Heat of the Morning : les deux post adolescents figés derrière leurs micros sont devenus deux stars déjantées, et si le set s’ouvre et se referme exactement de la même manière, entre Calm Like You et In My Room, on sent tout le drame de l’innocence perdue au cours de ces huit ans. Exactement comme Bowie entre “The World of David Bowie” et “Ziggy Stardust”, Alex est passé de la fragilité arrogante de ses jeunes débuts à une sorte de cynisme triste conjuré dans les excès du spectacle.

Je n’ai pas beaucoup parlé de musique, je me contenterai de noter que The Age of Understatement reste la chanson la plus imparable de The Last Shadow Puppets, et que c’était quand même bien sympa de nous offrir une reprise des Cactus de Dutronc.