Real affiche

Je crois que pour comprendre ce qui cloche fondamentalement dans ce "Real" assez terriblement raté, du pourtant estimable Kyoshi Kurosawa, il faut intégrer à quel point ce film reflète et illustre la culture manga pour adolescents (shonen) ou pour jeunes adultes (seinen) dont il est issu : ce scénario à la fois sommaire et malin (trop, sans doute) alimenté par des concepts technoïdes, des personnages caricaturaux (l'équipe médicale, hallucinante de fausseté !) ayant entre eux des relations plus théoriques qu'émotionnelles (la froideur maladroite de la plupart des scènes d'interaction entre les personnages), cette histoire d'amour à l'eau de rose, tout cela transpire le manga standard... Et noie l'habituelle force narrative de Kurosawa, et pire, encore, son talent à créer des ambiances poétiques fortes : après une première heure, très convaincante avec les parcours labyrinthiques du héros entre la réalité et le monde de la conscience de son amie comateuse, régulièrement sublimée par des trouvailles visuelles superbes et même parfois fascinantes, "Real" se plante à la faveur d'un retournement de situation qui louche vers les ficelles des blockbusters hollywoodiens, avant de perdre toute crédibilité en nous révélant l'origine des traumas, d'une banalité ridicule (bien typique de la littérature adolescente, donc), puis en se terminant par des scènes de genre assez désastreuses. Finalement, plus que l'intelligence et la virtuosité de Kyoshi Kurosawa, ce qui est pris en défaut ici, c'est l'inanité du matériau de base, dont il aurait sans doute fallu se détacher plus franchement.