2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie Album

En 2016, alors que sa période la plus créative est derrière lui, et qu'il affronte un désintérêt général envers son travail, il me semble que suivre - et aimer - Jean-Louis Murat n'a jamais été aussi pertinent. Un paradoxe ? Peut-être, d'autant que "Morituri", comme son prédécesseur, "Babel" rate le niveau d'excellence absolue que le talent - intact après une trentaine d'années inspirées - de Murat nous permettait d'espérer. Cette fois-ci, alors que le groupe qui l'accompagne est brillant et la production de l'album inspirée - envoûtante même souvent -, ce sont les chansons qui ne sont pas toujours au rendez-vous : pour quelques nouveaux joyaux ("Frankie", "Morituri", le superbe "Le Cafard"...) qui viennent s'ajouter à une discographie déjà impressionnante, on doit cheminer à travers plusieurs chansons faiblardes, qui ne tiennent souvent qu'à la sensualité élégante du chant de Murat. On regrettera aussi que l'horreur terroriste de 2015, qui a partiellement inspiré l'album, n'ait pas poussé Murat à sortir de son habituelle licence poétique et à déverser dans au moins un ou deux morceaux un peu du fiel et de la méchanceté qui abreuvent souvent ses déclarations à la presse. Malgré ces réserves, "Morituri" deviendra certainement l'un de nos disques de chevet de 2016, et nous permettra de tenir quelques années de plus avant de sombrer nous-même dans le cynisme et la désillusion, tant il est vrai que, oui, la poésie soulage l'âme.