Mia MadreMais qu'est il donc arrivé à ce Moretti que nous avons tant aimé pour qu'il nous inflige un tel objet - gris, atone, tiède, caricatural, ininspiré - sur un sujet qu'on imagine pourtant aussi personnel que la perte de sa mère ? Et pourquoi donc tant de critiques louangeuses devant ce film évanescent, sans doute l'un des moins bons de notre ex - héros italien ? Entre un personnage féminin principal irritant, la présence curieuse de Moretti lui-même en frère gentillet, quelques tentatives de parler de la difficulté de faire un film et de très légères connotations politiques - loin de la joyeuse agressivité passée -, il n'y a pas grand chose de vraiment consistant à se mettre sous la dent ici. Même le (petit) côté "burlesque" apporté par un Turturro mal à l'aise tourne vite à la parenthèse gratuite au sein du thème principal du film que Moretti ne traite pas vraiment : la perte d'un être cher a-t-elle moralement plus d'importance que la fermeture d'une usine, le licenciement d'ouvriers, ou même l'impossibilité de réaliser une "œuvre" artistique ? La transmission se réduit-elle vraiment pour Moretti à l'apprentissage du latin ? Peut-on résumer la découverte de la liberté à l'adolescence à des boucles infinies sur un scooter ? Faut-il même encore utiliser au cinéma la métaphore de l'inondation d'un appartement pour "symboliser" le désarroi et l'impuissance ? Voilà le genre de questions qui traversent l'esprit du spectateur peu engagé pendant "Mia Madre". C'est peu, et si l'émotion finira quand même par advenir ça et là, à la longue, on ne peut pour une fois s'empêcher de regretter que Moretti ait autant fait dans la finesse et la distance, et n'ait pas laissé vraiment éclater sa peine.