les-revenants-afficheOn est malheureusement habitués aux séries qui commencent merveilleusement avant de s'abîmer progressivement au fil de saisons dénaturant peu à peu la démarche et les thèmes initiaux. C'est pourtant la première fois que cette "dégénérescence" est tellement accélérée qu'elle s'opère de manière stupéfiante au sein même de la première saison d'une série, presque à l'image de cette pourriture galopante qui gangrène le corps de nos "Revenants". Le pilote est en effet une pure merveille, un grand choc esthétique : ce rythme qui génère une transe malaisante mais pourtant bienheureuse, cette intelligence permanente des situations et des rapports ambigus entre des personnages largement fascinants, cette beauté de paysages montagneux comme vidés de leur essence, et cette musique impressionnante de Mogwai... c'est un sans faute ! Et les deux ou trois épisodes suivants continuent impeccablement sur la même lancée, un peu comme la mémorable introduction de "Lost" nous avait à l'époque plongés dans un univers violemment étrange, et totalement passionnant. Et puis, tout s'effondre : la multiplication des intrigues fantastiques - sans cohérence aucune -, le manque d'évolution significative des personnages, enfermés dans une incommunicabilité éprouvante pour le téléspectateur, et l'incapacité de la mise en scène à retrouver la transcendance initiale... "les Revenants" s'engagent dans une spirale frustrante vers le bas... Jusqu'aux deux derniers épisodes complètement ratés, où les scénaristes loupent leur virage vers la terreur (les zombies ! Les zombies !) tout en dilapidant le petit capital de complexité narrative et de sympathie envers les personnages qui avait été progressivement construit. On sort de cette première saison passablement énervés devant un tel demi-ratage, alors qu'on avait cru tenir un moment un véritable OVNI, un mini chef d’œuvre. Et comme on entrevoit que les scénaristes n'ont visiblement aucune idée sur l'évolution possible de leur fiction monstrueuse, on n'a pas particulièrement envie de poursuivre l'expérience avec une seconde saison qu'on soupçonne d'aller encore plus loin dans le n'importe quoi. La leçon de "Les Revenants" : "Twin Peaks" - auquel on pense forcément à de nombreuses reprises - n'était pas un accident, et n'est pas David Lynch qui veut !