The Americans 3 JaquetteA la différence de la plupart des séries que l'on voit se déliter plus ou moins rapidement au fil des saisons, il aura fallu 3 saisons presque complètes pour que "The Americans", que l'on suivait jusque là plus par curiosité que par passion, révèle sa grandeur : ce basculement, cet éveil ou plutôt ce gain en profondeur, en texture, survient vers le 9ème épisode, quand le monde des Jennings commence à s'effondrer malgré les prodiges de duplicité, d'ingéniosité et de sang froid dont font preuve nos agents du KGB infiltrés dans la société américaine. Plusieurs coups du sort inattendus, quelques meurtres qui laissent un goût beaucoup plus amer dans la bouche - il y a une indéniable montée dans l'horreur de la violence ici, même si elle est plus sporadique que jamais -, une entreprise de séduction qui risque de déboucher sur une relation pédophile, c'est déjà beaucoup... Mais, comme on pouvait s'y attendre depuis une bonne saison, c'est au sein de la famille que le sol va définitivement s'ouvrir sous les pieds de nos héros. Et c'est là que "The Americans" se confronte enfin frontalement à son véritable sujet : l'identité au sein d'un monde de mensonges et d'illusions, au final pas si éloigné du quotidien de chacun d'entre nous, occupé à survivre face à une réalité de plus en plus illisible et illusoire. En usant largement d'ellipses qui ouvrent des béances dans le récit, et en renonçant à son habituelle conclusion sous forme de suspense à haute tension, pour privilégier un lent et douloureux effondrement de son héros, Phillip Jennings, vers le doute, "The Americans" fait preuve d'une maturité qui est la marque des grandes séries. Et bien sûr, la dernière scène laisse penser que le pire est encore à venir.