2016 02 03 Foals Olympia (23)21h20 : le niveau d’excitation dans la salle est très élevé, je ressens autour de moi, et en moi, cette sensation électrique qui, je trouve, se fait de plus en plus rare. Ce soir, c’est un GRAND groupe que nous allons applaudir, je le sais déjà avant que Foals attaque la première note de sa première chanson. Et quelle chanson ! Snake Oils, l’une des bombes de « What Went Down », le dernier et puissant album de Foals : d’emblée, ça bombarde grave, c’est du lourd, comme on dit aujourd’hui ! Tout le monde saute dans tous les sens dans les premiers rangs, bon dieu que c’est bon de retrouver – enfin ! – cette ambiance folle de VRAI concert de Rock. Yannis Philippakis, vêtu de son habituel t-shirt rayé, est à peu près identique à mes souvenirs de 2013, à peine a-t-il forci un peu, me semble-t-il. Plus près de moi, Jimmy Smith officie à la guitare, tandis que, au fond de la scène, la section rythmique – Walter Gerbers et Jack Bevan, l’un près de l’autre la plupart du temps – est une boule d’énergie et de puissance. Car Foals, au-delà de la personnalité certes très forte de Yannis, est un GROUPE, comme peu de groupes de Rock aujourd’hui : il faut voir la manière dont tous les musiciens bougent, se donnant corps et âme à leur musique, et, surtout, la façon dont ils se regroupent régulièrement sur scène, formant un cercle dynamique, d’où émergent des solos furieux ou des accélérations rythmiques irrésistibles.

2016 02 03 Foals Olympia (13)Ce qui est évidemment merveilleux avec Foals en 2016, c’est qu’ils ont désormais à leur disposition toute une variété de styles musicaux, d’ambiances, ce qui leur permet de nous proposer une set list toute en surprises, en ruptures de ton, d’une richesse musicale peu commune à notre époque. Des tubes qui amènent des sourires sur tous les visages et font danser, comme My Number ou le merveilleux Mountain at My Gates (bonjour à nos amis de Saint Rémy en Provence !), de longues plages planantes et ambitieuses, comme ce A Knife In the Ocean dans une version envoûtante, bien supérieure à celle de l’album, et des morceaux killers, où les cris perçants de Yannis s’appuient sur des riffs de heavy blues qui pourraient même faire penser aux Black Keys, en (bien) plus torturé ! Le spectre musical parcouru est remarquable, et même si, logiquement, il y a quelques moments plus faibles durant l’heure de set, je me dis que je ne vois pas aujourd’hui qui dans le Rock, à l’exception d’Arcade Fire, peut emmener son public aussi loin, avec tant de générosité et d’enthousiasme mis au service de si belles chansons. Inhaler clôt puissamment le concert, et je crois que tout le monde est absolument comblé… Mais nous n’avons encore rien vu !

Le rappel débute par London Thunder, plus calme, qui permet de se concentrer sur le chant de Yannis, et montre que Foals tient la route aussi dans le registre de l’émotion. Mais c’est – et je l’attendais depuis le début – What Went Down qui va littéralement mettre le feu à l’Olympia : ce riff monstrueux, puis ces moments d’accélération quand Yannis hurle sous la lumière stroboscopique qui déchire l’obscurité… Ce morceau douloureux et sauvage me rappelle à chaque fois le Cure de « Pornography », il y a une sorte de basculement vers… un ailleurs qui est littéralement terrassant. Ouaouh ! Et, merci, merci, ce n’est pas encore tout : Two Steps, Twice, accueilli par un hurlement général de bonheur, nous ramène aux origines de Foals, à cette sorte de math rock tribal qui les révéla en 2008. Yannis, qui est venu plusieurs fois entrer dans la foule, décide cette fois d’escalader le balcon de l’Olympia, avant de se jeter dans le public depuis ce balcon, à l’effarement et à la joie générale. D’où j’étais, je n’ai pas vu comment il a été rattrapé et ne s’est pas écrasé au sol, mais il a réapparu entier et intact ! A partir de là, Foals accélère le rythme, et l’Olympia s’embrase littéralement, pour quelques minutes d’hystérie incontrôlable qui font le prix des grands concerts. C’est incroyablement bon de vivre ça, ça redonne une pêche formidable, et, plus important, cette foi en la musique qui commençait à faiblir en moi.

1heure et 20 minutes exceptionnelles, Foals est bien au niveau où on l’espérait, le meilleur groupe actuel en activité. Par mail depuis le Brésil, Christophe me signale que la diffusion sur le Net n’a semble-t-il pas fonctionné (pour lui ? pour tout le monde ?)… En tous cas, pour tous ceux qui n’ont pas pu être là ce soir, séance de rattrapage obligatoire sur Arte dans les jours qui viennent. Faites-vous du bien, ce n’est pas si fréquent !