Spotlight AfficheMais qui est donc ce monsieur McCarthy, qui nous offre une œuvre aussi roborative et accomplie que "Spotlight" ? Sur un sujet aussi passionnant, mais forcément casse-gueule (risque de sensationnalisme, menace de sentimentalisme), que "l'épidémie psychiatrique" globale de pédophilie au sein de l'Eglise Catholique et la complicité implicite du "système", McCarthy semble avoir pris toutes les bonnes décisions : parler de l'enquête, de l'enquête et encore de l'enquête, seulement de l'enquête. Montrer les dommages cruels causés aux innombrables victimes plutôt en creux (deux ou trois scènes, elliptiques mais touchantes, suffisent, pas besoin d'en rajouter), ne pas charger les coupables (dont l'ignominie n'a nul besoin d'être soulignée), ne pas s'appesantir sur la personnalité des journalistes "héros" de notre époque qui en manque si cruellement (ce qui compte, c'est qu'ils fassent leur travail, un travail essentiel à la démocratie, pas qui ils sont). Plus surprenant peut être - mais pas moins pertinent pour autant - est le choix d'éviter une ambiance paranoïaque pourtant presque inhérente au genre du film d'enquête : cela donne certes à "Spotlight" une certaine neutralité - cela ne le rend pas ennuyeux pour autant, au contraire -, mais cela conforte une perspective essentielle du film, celle que nous n'affrontons pas un "monstre" mais plutôt un système d'omerta dont tout le monde à Boston, certaines victimes y compris, a été partie prenante. Reste à souligner l'excellence de l'interprétation générale, une "troupe" d'acteurs aguerris fonctionnant avec le même professionnalisme que les journalistes ou avocats qu'ils incarnent : finalement, plutôt qu'utiliser la référence évidente aux "Hommes du Président" de Pakula, certes incontournable sur le sujet du rôle de la presse face au pouvoir, n'aurions-nous pas plutôt envie de qualifier ce film de "hawksien", de par la manière sobre avec laquelle il met en valeur un groupe d'hommes (et de femmes) travaillant ensemble et enserrés dans un univers "hostile" ?