GoonDevant l'avalanche de critiques élogieuses, voire superlatives, que Jesso Tobias Jr. et son "Goon" ont suscitée, il y a de quoi rester ébahi ! Sont-ils donc tous devenus fous ? Le critique musicale de 2015 a-t-il perdu tout sens commun ? La maison de disques du Canadien pataud a-t-elle généreusement arrosé les rédactions des magazines de rock ? Ou bien sommes désormais si amnésiques que nous ne nous souvenons plus des sensations que faisaient naître les grandes chansons de Randy Newman, John Lennon ou Harry Nilsson dans les années 70, et que nous imaginons que ce "nain" - en terme de talent, s'entend - qu'est Tobias arrive à l'épaule de ces géants ? Oui, "Goon" est un disque rempli (débordant jusqu'à l’écœurement) de ballades "classiques", jouées maladroitement au piano, enregistrées avec une simplicité qui honore la production, et chantées avec une certaine conviction blessée qui évoque avant tout le geek. Oui, il y a ça et là un ou deux textes qui attirent l'attention ("Hollywood", surtout, bien sûr) au milieu de ce qui est quand même un océan de banalités sur l'amour et la vie - comment peut-on même évoquer ici Randy Newman et son fiel acide ? Oui, "Goon" fait comme une récréation tranquille au milieu d'une année surtout occupée par beaucoup de bruit ordinaire (je ne parle pas des rafales de Kalachnikov...). Oui, sans doute est-ce une bonne chose d'avoir des artistes tranquilles et intemporels comme Jesso Tobias Jr. Mais, allons, un soupçon d'inspiration aurait quand même été le bienvenu pour relever un peu ce disque d'une fadeur et d'un conformisme accablants.